Vélo : A Nancy, tout ne tourne pas rond

A seulement une centaine de kilomètres de Strasbourg, Nancy semble à des années-lumière de la capitale européenne en matière de politique cycliste. Pourtant, grâce à l'impulsion des rares associations de deux-roues, mais aussi des politiques, les lignes commencent tout doucement à bouger.

Vélorution

Organisée à l'occasion de la COP21, la Vélorution planétaire a rassemblé une trentaine de vélorutionnaires – Photos Pierre Estadieu

Villes les plus vélo friendly, villes où il fait bon pédaler, top 10 des villes cyclables... Les enquêtes sur les politiques cyclistes mises en place dans l'Hexagone pullulent sur le Net. Avec souvent les mêmes résultats. Et un leader quasi incontesté : Strasbourg, décrite comme première ville cyclable de France avec près de 50 % de sa voirie réservée aux cyclistes. Le paradis !

Une fois passée la frontière naturelle que constituent les Vosges, la situation est toute autre. Vingtième ville de France par sa population, la cité du roi Stanislas ne figure dans aucun classement.

Et les actions menées par le Grand Nancy sont plus souvent décriées qu'autre chose. Exemple avec la piste située rue Anatole France, reliant Nancy à Laxou. Problème : sa situation, entre la route et les places de stationnement, décrite comme dangereuse. « Le risque qu'un cycliste heurte une porte de voiture ouverte brusquement est à considérer. » expliquait le journaliste de l’Est Républicain, dans un article datant du 8 septembre 2015.

« Pour eux, le vélo était un loisir »

Dix ans plus tôt, ce débat ne se serait même pas poser : la politique cyclable du Grand Nancy était quasiment inexistante. Membre de l'association Eden (Entente pour la défense de l'environnement nancéien), structure indépendante reconnue au niveau départemental, Fabienne Higelé concède que beaucoup de progrès ont été effectués ces dernières années. « Il y a 6-7 ans, le nombre de pistes était ridicule et elles étaient très discontinues. » explique-t-elle. L'association décide alors de faire bouger les choses.

Eden

Selon Pierre et Fabienne Higelé, membres de l'association Eden, les choses ont beaucoup changé à Nancy.

Principal moyen d'action ? Les Vélorutions, manifestations festives organisées plusieurs fois par an pour promouvoir ce moyen de transport. Également membre de l'association, Pierre Higelé, son époux, se rappelle :

« Au début on en faisait une par mois, avec au maximum 250 personnes. C'était très sérieux, on était encadré par les motards de la police et on allait rencontrer les maires. On était bien reçu mais pas efficacement. Pour eux, le vélo était un loisir, pas un moyen de faire un trajet domicile-travail. »

Au fil du temps, le nombre de ces événements s'est raréfié, laissant la place à des actions ponctuelles, organisées pour pointer des problèmes à des endroits précis. Les lignes ont en effet beaucoup bougé et des progrès notoires ont été réalisés : généralisation du double-sens cyclable dans les zones 30, pose d'arceaux pour les vélos, ou encore instauration à certains feux du tourne-à-droite (38 à l'heure actuelle, ndlr), « qui permet aux vélos d'échapper aux voitures ».

Pourtant, dans la cité ducale, même si une grande partie des 150 points noirs recensés en 2011 ont été résorbés, tout n'est pas tout rose. Les aménagements récents, à commencer par la place Thiers, où rien n’est prévu pour circuler à vélo, sont dans le collimateur de l'association. « Sur ce point, nous n'avons pas suffisamment été écoutés. » note, dépitée, Fabienne Higelé.

Son mari pointe quant à lui une autre incompréhension, cette fois-ci à Vandœuvre, où les premiers bâtiments de l'éco-quartier Biancamaria sont sortis de terre cet été. Là-bas, les pistes cyclables sont tout bonnement inexistantes. « Rien n'est fait pour les vélos. Il y a des zones 30 mais pas de spécificités. C'est aberrant ! » continue-t-elle. Le maire PS de la ville, Stéphane Hablot, s’est lui-même ému de cette situation dans la presse régionale.

Propositions des cyclistes : « aucuns retours »

Dans le Grand Nancy, il n'y a pas que les aménagements qui soulèvent des questions. Baptiste Guyomarch, membre de l'association Dynamo, se montre plutôt amer. Revenons un an en arrière. À l'occasion des élections municipales, l'association réalise une grande consultation auprès, entre autres, de ses adhérents. Résultat : 300 avis, synthétisés dans un document présentant 55 propositions, et destinés aux futurs décideurs de la ville. « Nous n'avons jamais eu de retours par rapport à ces propositions. » affirme-t-il.

Dynamo

Baptiste Guyomarch (à droite), accueille dans son atelier aussi bien des particuliers que des associations.

Autre mécontentement, le manque de soutien des élus locaux. « Tout le monde trouve que notre projet est super. Mais les politiques n'assument pas et ont préféré créer une structure institutionnelle, la Maison du Vélo » explique le responsable. Et alors que les deux structures devraient marcher main dans la main, ce dernier affirme n'avoir « aucun contact avec eux ». Avec du recul, il note toutefois que ce lieu, « potentielle cheville ouvrière de la promotion du vélo », propose des choses intéressantes : vélo-école, station de lavage et de gonflage ou encore location de vélos rouges.

La location, un autre sujet de discorde entre la ville et l'association. Dans le collimateur ? Les Vélib distribués par l'entreprise JC Decaux, uniquement présents au centre-ville :

« On assiste à des baisses de subventions de l’État, notamment aux associations, alors que dans le même temps, le contribuable paie pour le contrat passé avec l'entreprise. Pourquoi ne pas privilégier Vélo Stan, qui permet à des gens en insertion de bosser et à des gens qui ont peu de moyens de se déplacer ? »

« Agir avec sagesse »

Pour obtenir une réponse, direction le Grand Nancy, où Malika Dati, adjointe au maire chargée des mobilités, tente d'apporter des explications sur ce sujet. L'élue commence par éluder la question du coût du contrat passé par la communauté urbaine avec JC Decaux et se félicite de l'augmentation globale de la location de vélos (+4,8 % entre 2013 et 2014 pour les vélos rouges, +2 % pour les Vélib). Elle évoque ensuite la mise en place de tarifs promotionnels lors d'événements tels que la Fête du vélo ou le printemps du vélo. Au bout de quelques minutes, elle consent finalement à répondre :

« Le contrat avec JC Decaux devait prendre fin en 2018. Nous avons négocié avec eux pour le faire passer de 850 000 à 600 000€, et en contrepartie, nous l'avons étendu jusqu'en 2022 pour le coordonner avec celui du mobilier urbain. »

Dénonçant « les postures » prises par l'association Dynamo, Malika Dati met en avant les discussions entamées en décembre 2014. Des discussions devant mener à la création d'un code de la rue d'ici l'année prochaine, suivi de la mise en place d'un plan vélo pour fin

Malika Dati

Malika Dati : "L'objectif est de faire passer à 8 % le pourcentage de trajets réalisés à vélo d'ici 2020." ».

2016 - début 2017. Un plan prévoyant notamment « la prévention des vols », « la poursuite des aménagements destinés à faciliter l'usage du vélo » ou encore « le développement de la communication et des actions pédagogiques pour un meilleur partage de l'espace public ». Concernant la sanction des personnes (prévue en 2017) stationnant sur les bandes cyclables, la jeune femme joue la carte de l'apaisement :

« Dans un premier temps, nous allons faire de la prévention et ne pas dire, "on va taper sur les automobilistes". Nous n'avons pas les effectifs de police pour. Il faut agir avec sagesse. »

Côté aménagements, même si elle reconnaît « que certaines pistes sont dangereuses », Malika Dati préfère voir tout le chemin déjà parcouru : développement des zones 30, qui ont permis de faire diminuer sensiblement les accidents, du tourne-à-droite ou encore résorption de la plupart des points noirs de l'agglomération.

Selon elle, difficile de comparer Nancy à des villes comme Amsterdam ou Strasbourg, très peu vallonnées. PDG de la société de livraison de repas à vélo Fetch, Jean-Charles Kurdali connait bien la problématique :

« Le manque d’aménagements n’est pas un frein pour développer notre activité. Ce qui est embêtant, c’est le fait que la ville soit en cuvette. »

N’est pas Strasbourg qui veut !

La politique cyclable du Grand Nancy en quelques chiffres

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Pierre Estadieu

Author: PIERRE.E

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