Tous les chemins mènent au journalisme

Contrairement à de nombreuses professions, l’activité de journaliste ne nécessite pas de parcours spécifique. S’il existe des écoles reconnues, elles ne suffisent pas forcément à garantir un poste. Ce n’est donc pas tant la qualité de la formation que celle des compétences qui est déterminante.

Ils sont au nombre de quatorze. Les cursus reconnus par la profession depuis 1956 ne manquent pas. Concentrés en région parisienne pour le tiers d’entre eux et répartis en province pour les autres, ils délivrent des diplômes pouvant aller du DUT au master. Leurs avantages ? Une qualité d’enseignement certaine, un réseau de contacts plus étoffé, des équipements modernes, une plus grande aisance dans la recherche d’un stage et bien évidemment un accès au monde du travail censé être facilité. Mais intégrer une de ces formations est loin d’être évident. Pour plusieurs raisons : le coût, tout d’abord. Il peut atteindre jusqu’à 13 000 euros l’année, comme à l’école de journalisme de Sciences Po. Les instituts de Lille et Toulouse atteignent des sommes loin d’être accessibles pour tout le monde. Il existe toutefois des exceptions pour les boursiers, dont l’inscription peut être gratuite. En plus de cela, les problèmes de logement et de vie quotidienne se posent. Habiter dans une grande ville requiert des moyens considérables. Selon le journaliste Antoine Kowalski, au parcours atypique mais productif, le montant des dépenses peut parfois atteindre jusqu’à 20 000 euros l’année, une fortune. Il surenchérit : « Il y a trop d’écoles. Certaines sont très bonnes, comme le CFJ de Paris, mais d’autres escroquent avec des prix exorbitants et tout le monde ne peut pas y accéder. Même si des formations comme Sciences Po offrent un réel apport, je pense qu’il s’agit aussi d’un coup marketing. Mais intégrer une école n’est pas un gage de réussite ».

Antoine Kowalski s'est distingué par sa mobilité et sa polyvalence.

Antoine Kowalski s'est distingué par sa mobilité et sa polyvalence.

Le travail, seule garantie

« En France, ce qui compte, ce sont les diplômes » déclare-t-il cependant. S’il est vrai que les employeurs accordent une importance toute particulière au parcours effectué, il n’en reste pas moins possible d’exercer sans être passé par une formation reconnue. Dans leur majorité, les journalistes sont issus de différents cursus : universités (lettres, sciences humaines, droits, etc.), instituts d’études politiques ou encore écoles privées. Pour quelles raisons ? Antoine Kowalski reprend : « Beaucoup de journalistes sont plutôt âgés et travaillent dans le secteur depuis longtemps. Tous n’ont pas fait d’école car certaines sont récentes, ils se sont donc formés sur le tas. ». Entrer dans la vie active n’était donc pas aussi compliqué qu’aujourd’hui. La presse étant un domaine particulièrement touché par la crise, il faut savoir se faire une place. Pas simple pour les jeunes qui débutent : emplois précaires, CDD, piges… Pour Antoine Kowalski, tout est question de travail et de compétences : « Il faut faire le plus d’études possible et pas forcément dans le journalisme. Il serait intéressant de se consacrer pendant une année à un autre domaine afin d’acquérir un maximum de connaissances et de culture générale, pour enrichir son champ intellectuel et savoir de quoi on parle. Peu importe d’où l’on sort, au final, ce qui compte, c’est le travail effectué. Pour les jeunes, c’est le moment de se plonger dans les livres et dans l’information ».

Oser la diversité

Le travail, mais pas seulement. Disposer d’un réseau étendu est également indispensable et il faut savoir le mettre à profit. Car pour Antoine Kowalski, « il y a toujours de la place pour les bons mais il n’y a plus de place pour personne. ». Ainsi, savoir se démarquer à la fois par ses compétences et ses contacts est devenu essentiel pour les débutants dans le métier. Le journaliste doit oser et prendre des risques : « Être journaliste par conviction et non pas par mode » assure-t-il. Autrement dit, la passion doit prendre le dessus sur la prétendue réputation de la profession. Car si les formations sont onéreuses, elles ne sont pas forcément gages d’un haut niveau de salaire. Les jeunes journalistes ont donc tout intérêt à se tourner vers des secteurs moins prisés par la concurrence : la presse professionnelle ou encore le journalisme européen. Des domaines délaissés, qui offrent pourtant des perspectives. À condition de s’y intéresser, sans distinction de parcours.

 

Elisabeth Vetter, Alexandre Rol

Author: Alexandre Rol

Share This Post On

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *