Startups à Nancy : un écosystème en plein boom

Le sillon lorrain, qui rassemble les agglomérations de Thionville, Metz, Nancy et Épinal, a obtenu le label national plutôt convoité "Frenchtech", le 25 juin 2015. Cet écosystème numérique baptisé LORnTECH veut favoriser le potentiel de près de 2000 entreprises innovantes et ainsi permettre la création de centaines d'emplois. Des chercheurs aux étudiants, des incubateurs aux accélérateurs, en passant pour les organismes de financement, chacun joue un rôle essentiel. Reportage à Nancy.

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Créer sa startup, c'est  "sauter du haut d'une falaise et construire son parachute avant de s'écraser sur le sol" aime dire David Lakomski, président de Systemics Labs et organisateur des soirées apéros startup à l'espace de co-working de la Poudrière. Le terme startup est à la mode, cool, dans l'air du temps... mais pas toujours compréhensible par tous. Tout comme le vocabulaire utilisé par les acteurs de cet écosystème. Difficile donc de ne pas se perdre surtout quand on ne connaît pas grand chose à la création d'entreprise. C'est également le cas pour ces “startupers”, débutants ou avertis. "Il existe deux types de personnes. Ceux qui ont déjà un projet et ceux qui en cherchent un" explique le jeune entrepreneur. Mais pour pouvoir créer, il faut que l'idée ait un fort potentiel de croissance, qu'elle soit innovante et que ceux qui cherchent aient un modèle déjà existant. "Le tout est d'avoir la volonté de s'y mettre" ajoute l'organisateur. Grâce aux apéros startups, ces porteurs de projets peuvent échanger sur leurs expériences, exposer leurs compétences, rencontrer de futurs associés et surtout partager leurs idées, infos et autres tuyaux.

Les startupers sont de véritables têtes pensantes. Comme Paul Lemaire parisien exilé en Lorraine. En juillet 2014, il quitte son poste de journaliste à Fun Radio Lorraine pour se consacrer à un projet qui le fait rêver depuis quelques années : développer une application mobile qui propose des résumés d'articles de presse sous la forme de vidéos de 30 secondes à une minute. Il la nomme Gemmetiz. Son but, créer une nouvelle manière de s'informer et ainsi donner le pouvoir de choisir l'information que l'on veut recevoir. "C'est un peu comme un JT mais à la carte, selon les intérêts de chacun. C'est un robot qui créé la vidéo en s'inspirant d'une seule ou de plusieurs sources. Elle est composée de textes, de photos, d'infographies et surtout d'une voix humanoïde. À la fin de la vidéo, s'il a envie, l'utilisateur peut aller lire le ou les article(s) source" détaille Paul Lemaire.

L'application Gemmetiz apportera une nouvelle vision du média. - © Fleuriane Tuboeuf

L'application Gemmetiz apportera une nouvelle vision du média. - © Fleuriane Tuboeuf

À l'heure des réseaux sociaux, cette application mobile pourrait permettre aux médias d'avoir plus de clics sur leurs sites internet mais également un référencement à moindre coût. Pour le jeune homme, c'est une innovation "puisque personne d'autre n'a eu l'idée de ce projet" . Depuis un an et demi, tel une pile électrique, il met tout en œuvre pour créer son application. Un projet mûrement réfléchi depuis la découverte d'un concept américain similaire nommée Wuibbitz. Il décide alors de s'en inspirer et de la transposer en France : "J'attendais qu'elle arrive en Europe mais toujours rien. J'ai alors eu l'idée de la créer".

L'accélération pour sortir de l'ombre

Actuellement, Gemmetiz est encore au stade du prototype. Ce projet est dans une phase de maturation. Paul Lemaire est soutenu et accompagné par le Paddock, un programme privé d'accélération de startups qui s'inscrit dans le dispositif d'action du label LORnTECH. L'entrepreneur entre dans une phase cruciale : la recherche des financements. "Ce lieu est essentiel pour les entrepreneurs. On les héberge pendant un an et on leur offre un panel de services. Ainsi, ils peuvent se développer sur le plan financier et commercial", rapporte Stéphane Thioly, directeur général du Paddock. "L'intervention de mentors régionaux, les formations et les événements permettent d'appuyer le dossier au moment de la recherche des financements", ajoute-t-il. Ce lieu, en référence directe aux anciennes écuries qui préparent les chevaux de course, apporte un soutien aux créateurs comme Paul Lemaire en les exonérant d'un loyer, et en leur apportant un soutien matériel et moral. En contre-partie, l’accélérateur prend une part sur le capital. "Ici en lorraine, il y a un véritable élan de la part des acteurs locaux qui poussent les startups à sortir de l’ombre et à montrer que le sillon lorrain évolue. On a plus le temps qu'à Paris où la pression est plus importante", développe le startuper.

Mais innovation ne rime pas seulement avec numérique. Il existe autant de startups que de domaines professionnels. Les futurs entrepreneurs de demain sont encore sur les bancs de l'université. Pour Émilie Pawlak, chef de projet Frenchtech pour le sillon lorrain :  "il faut aussi favoriser les 45 000 étudiants présents à Nancy. Pour qu'ils créent ou qu'ils intègrent une startup, il faut leur donner la culture de l'entreprise et l'envie d'entreprendre."Ainsi, de nombreux acteurs peuvent aider les étudiants, directement après leurs études ou même pendant. C'est le cas du Pôle Entrepreneuriat Étudiant de Lorraine (PEEL). Actif dans toutes les écoles et facultés de l’université, l'organisme apporte un important réseau de partenaires et financeurs. Grâce à des actions de sensibilisation, à des formations et à un accompagnement, Charline Chambre a pu développer son idée pas comme les autres. La conception de POKE, un emballage de préservatif hermétique unidose s’ouvrant à une main.

POKE : une idée de génie

Pour la jeune femme de 26 ans, l’histoire a commencé il y a quelques années déjà. En 2013, elle est diplômée d'un Master 2 en communication visuelle à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. Là-bas, elle approfondit ses connaissances autour des démarches de fonctionnalités de la main sur un packaging. Elle en fait même l'objet de son mémoire "Packaging, entre forme et fonction". Originaire de la cité ducale, Charline Chambre revient à Nancy et se pose beaucoup de questions. Dans son esprit, trotte cette idée de génie réfléchie au fil de discussions entre ami(e)s. "On sait que la sexualité est un sujet encore tabou. On connaît tous les conséquences si personne ne décide de sortir le préservatif. Alors, j'ai imaginé ce packaging fonctionnel au nom original. C'est plus fun de dire 'est ce que t'as un POKE ? ', non ?", insiste la jeune nancéienne.

« Cette nuit, tu vas dire oui » - Designer graphiste, Charline Chambre a tenu à ce que sur chaque emballage de POKE, une petite phrase amusante permette de détendre l’atmosphère. - © Charline Chambre

"Cette nuit, tu vas dire oui" - Designer graphiste, Charline Chambre a tenu à ce que sur chaque emballage de POKE, une petite phrase amusante permette de détendre l’atmosphère. - © Charline Chambre

Grâce au PEEL, Charline Chambre est mise en relation avec l'Incubateur Lorrain, créé en 1999 et subventionné par l’État et les acteurs locaux publiques. "Dans des moments de doutes, on peut parfois se perdre parmi tous ceux qui sont là pour nous tendre la main. Il faut savoir choisir les bonnes personnes. Quand on est seule, ce n'est pas toujours facile de tenir son projet à bout de bras", témoigne la créatrice de POKE. L’Incubateur Lorrain fait donc le pont entre le monde universitaire et le monde économique en valorisant les résultats issus de la recherche. Natacha Hauser-Costa, directrice, explique que l'organisme est très axé sur l'économie locale et qu'il est là pour peaufiner le projet du futur entrepreneur. "On s'occupe alors de l'aspect juridique et technologique du projet. On analyse les besoins en ressources humaines, les besoins financiers, le futur hébergement, etc. L'incubateur accompagne le projet de A à Z pendant environ 15 mois, puis pendant les trois premières années afin de mener la start-up vers la PME". L'incubation est également le temps nécessaire à la maturation personnelle du chercheur, à son épanouissement face à son projet.

Qu'il ait déjà eu une expérience professionnelle ou qu'il sorte des bancs de l'école, à Nancy et en Lorraine, le porteur de projet bénéficie d'un soutien pour pouvoir prendre son envol et concrétiser son idée. Certaines entreprises y parviennent. C'est le cas de PAT, Plantes Advanced Technologies, aujourd'hui cotée en bourse. Une société de biotechnologies végétales produisant des actifs innovants et rares à destination des marchés cosmétiques ou pharmaceutiques. Preuve si il en est, que chaque idée peut atteindre des sommets.

Fleuriane Tuboeuf

Author: FLEURIANE.T

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