"Encore un combat à mener"

Lors de la conférence "Quelle place pour les femmes dans les médias ?", Ruth Elkrief était présente aux Assises du Journalisme 2014. La journaliste du 19h sur BFM TV est intervenue sur un sujet qui la touche particulièrement. 

Ruth Elkrief

Ruth Elkrief lors de la table ronde "Quelle place pour les femmes dans les médias ?" aux Assises du journalisme 2014.

Quels sont les avantages et les inconvénients d'être une femme journaliste dans le monde politique ?

Ça a un certain avantage : je n'ai jamais ressenti d'inconvénient. Je l'ai plutôt bien vécu depuis que je suis jeune, grâce à Michelle Cotta, à Christine Ockrent, et d'autres. Ces femmes ont conquis leur place, elles sont légitimes depuis longtemps. En revanche, comme dans toute relation humaine, il y a de la séduction. Il faut être très attentive dans les rapports avec les hommes politiques et avec le pouvoir. Il est nécessaire, en tant que journaliste, de garder une distance pour accomplir le meilleur travail possible.

Vous est-il arrivé de subir une remarque sexiste lors de votre carrière ?

Je peux toujours vous raconter un épisode avec Philippe Séguin, que j'aimais beaucoup. Il était président de l'Assemblée nationale à l'époque. Il m'avait dit : "Moi, je n'écoute pas ce que vous dites, je regarde." Je travaillais à TF1 à ce moment-là. Je ne l'ai pas très bien pris, mais ça restait gentil. Globalement nous avons, tout de même, fait notre trou en tant que journalistes.

Quelle est votre plus grande victoire en tant que journaliste ?

Les interviews que j'ai réussi à réaliser. Il y a de grands moments qui, à l'instant T, comptent énormément. Même si dans l'histoire, ces interviews ne restent pas aussi importantes. J'ai interrogé François Mitterrand en 1992, je venais de commencer. Depuis ces dernières années, je reçois à peu près tous les ténors de la politique sur mon plateau. Le dernier grand moment, c'était Jérôme Lavrilleux qui s'est effondré en larmes sur mon plateau en pleine affaire Bygmalion. C'est un ensemble de grands souvenirs pour résumer.

Justement, comment avez-vous appréhendé l'interview d'Eric Zemmour il y a dix jours, lorsqu'il dénonçait la féminisation de la société ?

Je l'ai conduit sur ce terrain, je l'ai fait exprès, bien entendu. Pour moi, sa position est totalement inacceptable. Globalement, je l'ai interrogé sur deux sujets qui m'interpellaient : une forme de réhabilitation de Pétain et la dénonciation de la féminisation de la société, qui serait synonyme, pour lui, de décadence. De mon point de vue, ces propos ne sont même pas discutables. Ce n'était pas la première fois que je recevais Zemmour et que l'on débattait à ce sujet. Une fois, sur mon plateau, il a soutenu que les femmes faisaient semblant d'aimer le football alors qu'elles n'y connaissaient rien. Cette controverse est une histoire de longue date.

Pensez-vous qu'il y a encore des progrès à faire sur la féminisation du métier de journaliste ?

Certainement. Je pense qu'elles sont majoritaires aujourd'hui dans les médias. Il y a de plus en plus de femmes journalistes excellentes, motivées et engagées. C'est formidable. Cependant, il y a trop peu de femmes patronnes de presse ou à la tête des organes médiatiques. C'est un manque considérable : il y en a, certes, mais pas assez. Il y a encore un combat à mener.

Selon vous, est-ce correct  d'exprimer ses opinions politiques alors que vous êtes journaliste ?

Non, une journaliste politique ne soutient aucune campagne électorale ou autre. J'évoquais la distance un peu plus tôt, elle s'applique évidemment à ce cas de figure. Il ne s'agit absolument pas de dévoiler son point de vue ou son appartenance partisane. Et ce, en aucune manière. Néanmoins, en tant qu'éditorialiste, je peux exprimer mes opinions et mes avis à propos de la manière de gouverner des uns et des autres. C'est ma liberté éditoriale.

Author: Élise Bouthemy

Share This Post On

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *