Radio Caroline : la révolution des ondes

Elle est devenue le symbole de la libération des ondes : Radio Caroline est l’une des premières radios pirates à émettre depuis un bateau, sur les eaux internationales. Lancée en 1964, elle marque toute une génération en participant à l’explosion de la pop britannique. En 2014, elle fête ses 50 ans.

"Caroline, c’était la radio pirate par excellence : pirate dans sa programmation, dans son esprit, dans l’attitude des DJ’s. Il n’y avait pas de règles, mais de l’énergie, de l’enthousiasme, de l’exubérance, de la folie et beaucoup de cœur." Dans les années 1960, l’Irlandais Ronan O’Rahilly, fondateur de Radio Caroline, bouscule les ondes en Grande-Bretagne. Mais il le ne sait pas encore à cette époque. Ce grand amateur de musique pop installé à Londres décide de se lancer dans le management d’artistes et de monter sa propre maison de disques. À cette période, les labels EMI et Decca ont le monopole complet sur l’industrie musicale. C’est là que lui vient l’idée de Radio Caroline : "Puisque je ne pouvais pas avoir le temps d’antenne, la suite logique, l’étape suivante, c’était de créer une station de radio (…) J’ai découvert plus tard que le prénom féminin le plus populaire en Angleterre était Caroline !" C’est là que l’aventure commence…

Pour émettre, il faut du matériel et surtout, contourner le monopole de l’État sur les radios depuis le territoire national. La solution ? Jeter les voiles et embarquer. Radio Caroline décide d’émettre depuis un bateau : le Fredericia. Mais la compétition est rude. Radio Atlanta a aussi son propre navire : le Mi Amigo. Les deux bateaux rejoignent presque simultanément le port irlandais de Greenore où ils achèvent de s’équiper. C’est le seul port privé d’Irlande où ils peuvent travailler en toute discrétion, loin des autorités nationales… "Je me rappellerai toujours, c’était le soir et on est arrivé en haut d’une petite colline. On dominait le port de Greenore, se remémore Simon Dee, DJ qui aura l’honneur de lancer Radio Caroline. Ça à l’air très romantique mais c’était vraiment très beau et on pouvait voir au fond comme une mince aiguille d’acier qui était le mât de Caroline."

« You’re tuned to Radio Caroline on 199 »

Le Fredericia est finalement opérationnel avant le Mi Amigo de Radio Atlanta. Depuis l’estuaire de la Tamise, Radio Caroline commence ses transmissions sur 199 mètres en ondes moyennes, le 28 mars 1964. Le lendemain, la station est officiellement lancée par Simon Dee. "Nous nous sommes levés ce matin-là. (…) Pour la première émission, nous avions les bandes, mais il fallait être en direct pour la première annonce." Entre excitation et appréhension, il se souvient : "L’heure approchait et on était confiants. J’étais un peu nerveux, bien sûr, tout le monde était nerveux. Tout était prêt. Vers 11h30, nous avons vérifié l’indicatif de Caroline qui était Round Midnight de Jimmy McGriff, la musique de notre station. On l’a vérifiée deux fois. (…) J’ai vu la lumière rouge ‘antenne’ et j’ai dit : ‘Bon après-midi Mesdames et Messieurs. Vous écoutez Radio Caroline sur 199, votre station musicale.’" Puis il enchaîne avec Can’t Buy Me Love des Beatles.

En quelques mois, le phénomène des radios pirates prend de l’ampleur ! Le 9 mai 1964, Radio Atlanta devient opérationnelle et rejoint Radio Caroline sur l’estuaire de la Tamise. Mais finalement Caroline absorbe son principal concurrent et les deux bateaux ne vont faire qu’un à partir du 2 juillet : Radio Caroline est rebaptisée Radio Caroline North et Radio Atlanta devient Radio Caroline South. Le premier navire est ancré dans le nord-ouest de l’Angleterre, près de l’Île de Man et le second reste dans l’estuaire de la Tamise. La station couvre ainsi la quasi-totalité du pays. La direction est désormais partagée entre les deux directeurs Ronan O’Rahilly et Alan Crawford.

Ronan O'Rahilly

Le fondateur Ronan O'Rahilly empoche son premier milliard en 1966. Source : mojomachine.wordpress.com

Être libre

L’équipe s’est imposée une règle d’or : pas plus de six minutes de publicités par heure. Les chiffres sont bons. En 1966, seulement deux ans après le lancement de la radio pirate, son propriétaire, Ronan O’Rahilly, empoche son premier milliard de livres sterling. Une fois passé dans l’illégalité en 1967, les salaires ne sont plus vraiment au rendez-vous. Ce n’est pas un frein pour continuer l’aventure. Car les membres de l’équipage sont tous animés par un même dessein : être libre. "J’aime la radio et la musique, et en plus c’est libre, c’est pour ça que je suis ici." Dans un Français parfait, Rob Harrisson, disc jokey à Caroline en 1989, dit son amour pour la radio au micro de l’émission française Thalassa, qui lui consacre un sujet pour les 25 ans de la station.

Les membres de Caroline se différencient totalement de ce qui est fait dans les radios classiques. "Pour le public, on veut passer un maximum de musique et un minimum de conversations, explique le l’Emperor Rosko dans l’émission française Zoom, en 1966. En France par exemple, il y a un maximum de blabla et un minimum de musique. » Et en effet, cette abondance de musique pop est une vraie révolution des ondes. Un succès qui ne plaît pas au gouvernement britannique. Radio Caroline est directement taxée de "radio pirate". Un terme dans lequel l’Emperor Rosko ne se reconnait pas : "Nous sommes une “offshore radio station”, pirate c’est une très mauvaise image. Nous ne sommes pas des aventuriers, que des pauvres petits disc jokey."

Radio Caroline a définitivement marqué la culture populaire et révolutionné les ondes. Elle a même inspiré le réalisateur britannique Richard Curtis, pour son film Good Morning England, sorti en 2009. Si aujourd’hui la station a perdu de sa superbe, elle n’en reste pas moins ancrée dans les esprits de toute une génération, pour le vent de liberté qu’elle a insufflé.  Pour Tony Blackburn, "la radio aurait fini par évoluer mais Radio Caroline a fait en sorte d’amener cela beaucoup plus tôt".

Anaïs LECOQ, Maya DIAB et Marie-Charlotte MÉONI

Author: Anaïs Lecoq

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