Qu'il est loin mon pays…

La voix de Claude Nougaro résonne dans ma tête depuis que je suis arrivé à Nancy. Dans ses chansons, il raconte le sud-ouest et me réconforte lorsque le soleil se couche à 16h30. Les Lorrains se sont appropriés certains de ses textes, dans leur façon de parler et leur mode de vie. Voici le carnet de bord d’un sudiste exilé en Lorraine, garanti sans mauvaise foi.

Claude chante Tu Verras. Les Lorrains se sont tellement identifiés à cette chanson qu’ils l'utilisent sans modération. « Montre voir », « tourne voir », « appuie voir », etc. Voir est mis à toutes les sauces. Le dialecte lorrain est assez spécial. Lorsque vous entrez dans une boulangerie, la première chose que l’on vous dit c’est « s’il vous plaît ». Je reformule mon bonjour, au cas où la boulangère ne m’aurait pas entendu. Elle me regarde, un petit sourire en coin, me demandant ce que je désire. Oui, en Lorraine, quand on veut quelque chose, c’est le vendeur qui exprime la formule de politesse. Ensuite, quand tu demandes ton chemin, les gens te conseillent d'aller là-haut. Comme un imbécile, je lève la tête. Je suis désolé mais Jean-Jacques Goldman chante "Là-bas" et non "Là-haut" ! Et Jean-Jacques a toujours raison ! Les Lorrains ont leur petit accent, mais sur ce point là, je ne ferai pas le malin. La seule nuance que je peux relever c'est la façon dont ils prononcent "oui". Ici, le "oui" se transforme en "ui". Quand on va sur les réseaux sociaux, on va sur "Tuitter". Le vendredi, on part en "Uik-end" et les enfants lisent "Ui-Ui et le potiron magique".

 

Nancy et sa célèbre place Stanislas./Photo Adeline Divoux

Claude chante Toulouse. Il chante l’hymne de la ville rose. Nancy a voulu se distinguer en devenant la ville grise. Que ce soit dans le ciel ou sur les bâtiments, le gris est dominant. On se réveille avec du brouillard, la journée se passe sous les nuages et avec un peu de chance, la pluie accompagne la soirée.  Tout le monde me dit que l'hiver sera rude, qu'il faut que j'investisse dans bonnets, gants et écharpes. Ils me disent aussi que le soleil refera son apparition au mois de mars. Je vous avoue que le soleil me manque un peu. Je charrie bien évidemment sur Nancy. Cette ville est belle, notamment le quartier Stanislas. Mais quand on commence à connaître la ville, chaque quartier correspond à un gris. Plutôt gris clair pour le quartier Charles III, gris foncé pour celui de la gare. Mais il y a aussi du vert, comme dans les différents parcs de la ville. Pour un étranger comme moi, c'est agréable de découvrir des coins de verdures en pleine ville. Cela pourrait presque me ramener dans la cité de la violette.

La rue du Taur à Toulouse./ Photo Pistolero31

La rue du Taur à Toulouse./ Photo Pistolero31

Claude chante Armstrong. La différence. Et ce qu'on ne peut pas reprocher aux Nancéiens et aux Lorrains, c'est leur gentillesse et leur chaleur humaine. Trahi de nombreuses fois par le torrent de cailloux qui roule dans mon accent, les gens compatissent à mon exil. Lorsque je demande une chocolatine et que la boulangère fait mine de ne pas comprendre. Dans un bar, quand je demande une spécialité de chez moi que je pensais universelle et que finalement on me fait découvrir une bière. Quand je dis plus et moins, tout en appuyant sur la dernière lettre. Tout le monde me demande ce que je suis venu faire en Lorraine. J'ai l'habitude de répondre que j'aime voyager dans les pays scandinaves. Ils ne me démentent pas. Ils savent rire sur leur région, ce qui n'est pas le cas de tout le monde.

Graphiques comparatifs du climat toulousain et nancéien./ Piktochart

Graphiques comparatifs du climat toulousain et nancéien./ Piktochart

Même si ma maison natale me manque, Nancy a son charme et l'on y fait de merveilleuses rencontres. Je vous laisse, j'aperçois un rayon de soleil. Je ne voudrais pas rater cet événement.

Guillaume Béars

Author: Guillaume Béars

Share This Post On

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *