"On ne fait pas que les chiens écrasés !"

Il cible le « très local » mais se défend de ne faire que ça. « Il », c'est Philippe Jeandel, le fondateur de Vosges-Info, un pure player entièrement gratuit décliné en quatre sites Internet (Gérardmer, Epinal, Saint-Dié, Remiremont) et bientôt cinq (la Plaine des Vosges). Des chiffres en constante hausse (1,3 million de connexions annoncées en janvier 2016 depuis 200 000 postes différents), une santé financière solide... Petit tour d'horizon, avec le principal intéressé, d'une stratégie pas si courante que cela au pays des pure players.


Vous êtes un ancien correspondant de La Liberté de l'Est (devenu Vosges Matin). Considérez-vous qu'un pure player comme Vosges-Info, avec sa ligne éditoriale centrée sur l'information micro-locale, est en train de renouveler l'information locale ?
"Certains le disent, oui. L'information va vite et je ne crois pas que les gens ont envie d'acheter un journal qui coûte 1 € ou 1,10 € pour avoir une information qui les intéresse de manière partielle. Sur une multitude de papiers, seuls quelques-uns les intéressent. Avec un pure player, l'avantage est que l'information vient directement à eux. Notre stratégie de fragmenter notre site en plusieurs localités permet aux gens de s'y identifier plus facilement. On fait de l'information départementale également mais on garde l'identité du localier qu'on peut retrouver chez les correspondants de la PQR [presse quotidienne régionale]."

Finalement, le contenu que vous proposez n'est pas si différent de celui que l'on retrouve dans la presse papier, chez vos confrères de Vosges Matin par exemple...
"On retrouve la même chose mais on prend parfois des angles différents. Globalement, on s'intéresse à la vie des associations, des clubs, des municipalités, etc. C'est ce qui plaît aux gens. L'avantage, c'est qu'on est gratuits et qu'on sort l'information immédiatement."

Serait-il donc impossible de monétiser le contenu, totalement ou en partie, sur un pure player d'information micro-locale ?
"Pas pour l'instant selon moi. Ce qu'on va essayer de faire, en revanche, c'est une levée de fonds. On donnerait la possibilité à nos lecteurs de nous aider en faisant des dons via un onglet que l'on rendrait visible sur notre site Internet. Finalement, on peut considérer qu'on est un service public dans la mesure où on offre aux gens de l'information gratuite. Mais faire payer le contenu, je ne crois pas que ça marcherait. Peut-être que je me trompe..."

Vosges-InfoFinalement, les pure players d'information micro-locale sont assez rares en Lorraine. Pourquoi ?
"Il y a bien Tout-Metz mais c'est vrai qu'il n'y en a pas beaucoup. LorActu essaye de le faire mais ils n'ont aucune crédibilité selon moi. Nous, notre politique, c'est le terrain et la proximité avec les lecteurs, les associations, les élus, etc."

Le piège, plus que pour des médias nationaux ou traitant l'information sur un terrain plus vaste, n'est-ce pas justement d'être trop proche des gens ? De tomber dans la connivence ?
"Pas forcément. En ce moment, je suis sur une grosse affaire à propos de laquelle on m'a demandé de ne pas parler. Ça ne va pas m'empêcher de le faire. Bien sûr, on est dans une proximité qui fait que, parfois, on n'a pas envie de charger la mule. J'ai beau être proche du maire de Gérardmer (Stacy Speissmann), ça ne m'empêchera pas d'en parler si un jour il dérape par exemple. Au niveau national, on peut écrire n'importe quoi sur n'importe qui ou presque. Au niveau local, c'est forcément plus dur de prendre le risque d'être boycotté par une association."

Même question concernant vos annonceurs : modifient-ils en quoi que ce soit votre traitement de l'information ?
"Pas du tout. On a de tout chez nos annonceurs : des communes, des collectivités territoriales, le conseil départemental, le conseil régional, etc. Mais l'essentiel de nos partenaires sont privés (entreprises, commerçants...)."

Le travail d'enquête est-il compatible avec une ligne éditoriale micro-locale... ?
"(Il coupe). Bien sûr. Ce matin encore, j'ai passé un coup de fil concernant une grosse affaire que je vais pouvoir sortir d'ici quelque temps. Ce n'est pas parce qu'on fait du local qu'on ne peut pas sortir des affaires ou remettre en cause le fonctionnement d'une collectivité, d'une association, etc. C'est aussi l'intérêt du métier. Ce n'est pas parce qu'on est localier qu'on n'a rien à dire. On ne fait pas que les chiens écrasés !"

A ce propos, il est étonnant de voir que vous publiez régulièrement des nécrologies, chasse gardée depuis longtemps de la presse papier...
"On est un peu bloqués sur les autres villes mais pour ce qui est de Gérardmer, on fait quasiment toutes les personnes décédées. Ça ramène des lecteurs mais c'est quelque chose qu'il faut faire très sérieusement."

Propos recueillis par Thomas BROGGINI

Author: THOMAS.B

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