La radio : contre vents et marées numériques

Les médias traditionnels se meurent. Le numérique, tel l’épée de Damoclès, plane au-dessus de leur tête. Tous ? Non ! La radio et ses ondes résistent encore et toujours à l’envahisseur. Au niveau local, Internet est devenu plus qu’un simple atout. Entre menace et opportunité, il est un moyen d’exister.

Dans tous les studios de radio, on ne peut plus y couper. A côté du micro, de la table de mixage, et sous le regard de l’horloge numérique rouge, les ordinateurs ont une place de choix. Leur arrivée n’est pas seulement un gadget supplémentaire : Internet a bouleversé les manières de concevoir, de faire et de consommer la radio. Localement, cette révolution numérique est peut-être encore plus palpable. Pour Tom Braun, l’un des fondateurs de Radio Campus Lorraine (RCL), la fréquence étudiante : "Sans internet, nous n’existerions pas. Quand tu construis une radio en 2012, t’es obligé de passer par la diffusion sur Internet. On est à l’ère du numérique : pour avoir une bande FM, il faut faire ses preuves sur le web".  Un outil devenu indispensable pour les stations : toutes ont leur site sur la toile, et sont actives sur les réseaux sociaux. Médias et Internet : un mariage de raison.

Des nouvelles manières de consommer…

Si les sites web diffèrent d’une station à l’autre, les contenus sont souvent les mêmes : streaming en direct, podcast, chat. Pour Tom Braun, responsable éditorial d’RCL,  il y a quatre façons d’écouter la radio : "par la FM d'abord : ce sont les auditeurs non fidèles, qui tombent sur la fréquence par hasard, par le streaming en direct où l’auditeur fait la démarche d’aller écouter une émission, par les podcast aussis, c’est-à-dire la réécoute à la demande, et la consommation via article, un contenu multi-support, de supplément aussi". La radio ne s’écoute donc plus seulement sur le bon vieil autoradio et plus question de surveiller l’heure pour ne pas rater les premières minutes des émissions. Parce qu’il revendique sa proximité avec les auditeurs, le support radiophonique a su s’adapter aux évolutions des modes de vie des français. "Ce que permet le web, la FM ne le permettait pas il y a vingt ans. Mais pour ça il faut oser essayer des trucs ! ". Internet est aussi un outil comptable qui permet de visualiser les différents types de consommation : "A RCL, on est à 50 % d'écoute FM et 50 % d’Internet. Mais c’est très variable d’une émission à une autre !".

… qui impliquent de nouvelles façons de concevoir la radio

RCL s’est imaginée comme une web-radio : "Les radios créées en FM prennent le tournant du numérique, et cela engendre des coûts énormes. Nous, on est d’abord né avec le virage numérique. Notre diffusion principale c’est le web. On s’est construit à l’envers". La radio étudiante revendique cette essence numérique et une création qui est réfléchie à la fois pour le web et pour la FM. Leur objectif : concilier les deux formats différents. "Par exemple, en FM donner l’heure est indispensable, en podcast, l’heure est de toute façon différente" développe Tom.

Rien à voir à Fajet ou Radio Caraïb Nancy (RCN), deux radios associatives locales qui font de leur diffusion FM leur priorité. Arielle Christoflau, directrice de RCN : "On privilégie l’antenne à 100 %". Pour la plupart des radios : Internet, c’est un plus. Un outil de communication, pour se faire connaître hors des frontières. Fabienne Marchal, directrice de Radio Fajet : "c’est indispensable. On  essaye de former les bénévoles. C’est un véritable support de communication". Pour les radios commerciales nationales à décrochages locaux, la contribution au site est un complément mais s'avère compliquée à mettre en pratique. Sarah Cotton, jeune journaliste à Fun Radio Nancy, explique les difficultés qu’elle a à publier sur le web. "On m’a dit que ce serait bien si j’arrivais à publier sur le site. Mais faire du montage vidéo en plus, c’est juste impossible toute seule. Après, Internet est essentiel aujourd'hui dans mon travail. Je l'utilise comme moyen de communication.  Et pour chercher l'info, la vérifier, la recouper" avec les limites que l’on connaît bien. Rapidité extrême, intox, viralité. Le numérique a bouleversé le travail des journalistes : exit les bandes et les ciseaux, le progrès ça a aussi du bon.

Réseaux sociaux : "premiers pourvoyeurs d'auditeurs fidèles"

L’essor d’Internet a également vu l’entrée de nouveaux métiers au sein des radios : les webmasters, chargés de mettre en valeur les stations sur la toile. Et cela passe également par les réseaux sociaux : "ce sont les premiers pourvoyeurs d’auditeurs fidèles à RCL" affirme Tom Braun. Toutes les radios sont ainsi présentes sur Facebook ou Twitter. A Fajet, à chaque émission sa page sur la toile. Un outil de communication important pour les radios locales qui s’exportent alors dans la France et le monde entier : "on a parfois des auditeurs qui écoutent Fajet en Afrique" rit Fabienne Marchal. Même politique à RCL  qui se demande pourtant si c'est la bonne stratégie adopter : "Un audimat, ça se construit. A Radio Campus, chaque animateur a sa propre page sur les réseaux, et on se pose la question : est-ce que ça divise ou ça renforce ?". Concernant l’avenir des radios sur le numérique, des projets sont encore en cours. Un chat a été mis en place à RCL et Fajet va re-développer une appli pour smartphone. Nombreuses sont les grandes radios nationales qui en possèdent une  mais au niveau local, c’est souvent plus compliqué.

La RNT, sous haute tension 

Internet est par conséquent considéré comme une avancée majeur pour les radios, qui ne semblent pas souffrir de sa potentielle concurrence. Elles se sont adaptées aux évolutions. Mais si le numérique a bien fait son entrée par la grande porte, il est encore considéré (à tort ?) comme un complément plutôt qu'un véritable support. Une autre innovation numérique dans la radio risque de bouleverser l’équilibre : le projet de RNT, Radio Numérique Terrestre, qui doit arriver bientôt.  La RNT, voisine de la désormais célèbre TNT, doit permettre une meilleure qualité d’écoute, de désengorger la bande FM, saturée, et de permettre des avancées technologiques multi-support. Mais certaines radios dénoncent une mise en application très couteuse. Si Fabienne Marchal affirme que les coûts seront amortis "sur le long terme", Arielle Christoflau, la directrice d’RCN, est beaucoup plus pessimiste : la RNT, c’est la "mort des radios associatives".

Author: ALICE.B

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