Loïc Ballarini : les mains dans le cambouis, pas dans les poches

Loïc Ballarini est le responsable pédagogique de la LPJML. Voici son parcours, d'apprenti journaliste à maître de conférence, de sa passion pour le quatrième pouvoir à sa curiosité envers l'étude des médias.

Comment est né votre intérêt pour le journalisme ?
J'ai toujours été chiant avec l'orthographe : au collège déjà, je voulais être correcteur. Je suis donc allé voir un conseiller d'orientation, qui m'a affirmé que ce travail serait difficile à trouver. C'est là que m'est venue l'idée d'être journaliste, et que je me suis posé la question de la formation à suivre pour y parvenir. Après un bac C (ndlr : aujourd'hui bac S, spécialité mathématiques) à Héricourt en Haute-Saône, j'ai tenté Sciences-Po, sans succès. Je me suis donc dirigé vers Besançon, où j'ai obtenu un double DEUG en histoire et en géographie, avant de me consacrer à cette dernière discipline en licence. Une fois mon diplôme en poche, j'ai voulu me réorienter vers l'information et la communication. Je suis allé à l'université Rennes 2, qui proposait l'une des formations m'intéressant dans ce domaine. Après avoir eu cette seconde licence, je suis parti un an en Erasmus à Berlin pour passer ma maîtrise (ndlr : aujourd'hui Master 1). Puis j'ai été embauché en CDI au Penthièvre, un journal hebdomadaire à Saint-Brieuc, après y avoir travaillé quatre mois en CDD.

Quel était votre rôle au sein de cette rédaction ?
Je suis arrivé six mois après sa création, c'était un journal tout frais. Nouveau, et à la fois vieux de plus de cinquante ans, puisqu'il venait de se faire renommer et racheter par Publihebdos, un groupe de journaux hebdomadaires breton. J'ai donc participé à son installation, une expérience géniale avec un super esprit d'équipe. Il y avait deux journalistes en plus de moi : Fany Gibiard, qui sortait de l'IUT de Lannion, et Jean-François Boscher, le neveu du fondateur, qui fabriquait seul les éditions des 70 communes où le journal était distribué. Ce type était une mine d'or. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un depuis qui connaisse aussi bien son territoire et qui aime aussi sincèrement les gens. Il s'intéressait à la vie rurale tout en étant capable de sortir des faits dérangeants. À mes yeux, le parcours de ceux avec qui je travaillais comptait beaucoup, surtout dans une petite rédaction comme celle-ci. Je tenais la rubrique culture et loisirs, c'était mes spécialités. L'hebdomadaire est une forme de presse pas très considérée en général, mais j'avais la sensation qu'elle recelait un fort potentiel dont les quotidiens ne bénéficiaient pas, notamment par rapport à la pression du temps.

Comment avez-vous repris vos études ?
Je suis parti à Paris en DEA (ndlr : aujourd'hui Master 2), toujours en information et communication, après avoir pris conscience que c'était le niveau minimum pour pouvoir se servir d'un diplôme. C'est une histoire de rencontres qui m'a mené là. J'ai repris contact avec un professeur de Rennes 2, Jacques Guyot, spécialiste des minorités linguistiques, qui enseignait à présent à Paris 8. C'est lui qui a dirigé mon mémoire, puis ma thèse, et qui m'a donné goût à la recherche. Mon expérience en tant que journaliste en presse hebdomadaire régionale m'a d'ailleurs servi durant mon doctorat, pour élaborer une critique théorique et pratique du concept d'espace public chez Habermas. Je voulais expliquer comment chacun construisait sa vision du monde à partir des médias et des relations interpersonnelles. Après avoir analysé les journaux locaux et questionné les lecteurs, je me suis rendu compte qu'autre chose était à l’œuvre dans la construction de notre perception, à savoir notre vécu social et familial, entre autres. Ce premier travail de recherche s'inscrivait dans le domaine de la sociologie des médias, le champ d'études qui m'intéresse le plus aujourd'hui. D'ailleurs, en parallèle de la préparation de ma thèse, j'étais ATER (ndlr : attaché temporaire d'enseignement et de recherche) à Paris 8, où j'enseignais la sociologie de la communication.

Pourquoi avoir délaissé le métier de journaliste au profit de celui d'enseignant ?
J'ai toujours trouvé plus confortable d'être journaliste que d'être enseignant. Pourtant, je viens d'une lignée de professeurs : mon arrière-grand-mère, mon grand-père, mon père et mon frère en ont fait leur profession. Je pensais que ce n'était pas mon truc, jusqu'à ce que je me rende compte, en tant qu'ATER, que j'aimais ça. Je n'ai pas renoncé au journalisme, j'ai choisi de faire une thèse. Et pour preuve : j'ai continué à écrire des articles pour le mensuel culturel La Griffe, devenu webzine et pour lequel je suis bénévole depuis 1998. Après mon doctorat, j'ai constitué un dossier d'habilitation pour devenir maître de conférence. J'ai obtenu ma qualification en 2011, au moment où ça commençait à se tendre à l'université. Alors, je suis parti enseigner à Galatasaray, une université publique d'Istanbul où les cours sont en français. Je n'y suis resté qu'un an, avant de prendre la responsabilité de la nouvelle licence professionnelle « Journalisme et médias locaux » à Nancy. Là aussi, c'est une expérience inédite, qui se vit en équipe : une formation à bâtir, avec une maquette à élaborer et des intervenants à trouver. C'est prenant et passionnant à la fois, car on essaie d'y mettre ce qu'on pense être bon. Je la construis en fonction de mes recherches, des gens que j'ai rencontrés, du boulot que j'ai fait. M'en occuper est aussi une manière pour moi de rester proche du journalisme, tout en le mêlant à mon activité d'enseignant-chercheur.

D'ailleurs, vous êtes chercheur au CREM en même temps. Comment conciliez-vous toutes vos fonctions ?
En effet, je participe à trois projets au centre de recherche sur les médiations de Metz : l'élaboration d'un dictionnaire encyclopédique des publics, un travail sur la circulation des informations sur les réseaux sociaux numériques, et sur le crowdfunding et le crowdsourcing dans les industries culturelles. J'aimerais dégager du temps pour me plonger dans ces recherches, mises entre parenthèses pour me consacrer à la licence. En être responsable nécessite beaucoup d'investissement, car j'ai des ambitions envers ce diplôme. Tout d'abord, que vous trouviez du travail ! (rires) Ensuite, avoir une salle spéciale réservée à la promotion dans les locaux de la fac, avec des ordinateurs et les logiciels nécessaires. Il faudrait aussi renouveler le matériel et en ajouter, ce qui est difficile dans le contexte budgétaire actuel. Je rêve d'une formation trilingue français-anglais-allemand, afin d'aider nos étudiants à comprendre l'Europe. Tel qu'il est actuellement, l'enseignement offre aux étudiants la possibilité de maîtriser une panoplie de supports multimédia (radio, télé, photo, web) et recouvre de nombreux thèmes de l'information (politique, urbanisme, faits divers, culture...). On attend des candidats à l'entrée de la formation d'être motivés, d'avoir l'envie d'y aller, suivant un projet professionnel solide, car on leur demande beaucoup de travail en dehors des cours.

Des projets pour la suite ?
Je n'ai pas vocation à être chef, mais ce diplôme mérite d'être défendu. Et pour cela, il s'agit de ne pas rester les mains dans les poches, mais de les mettre dans le cambouis. Je pense qu'il ne faut pas occuper un poste à responsabilités trop longtemps. J'ai l'impression d'avoir pris beaucoup de départs depuis ma thèse, mais sans être allé au bout de la route. Il faut quand même rester un petit peu pour pouvoir réaliser des projets. Ce que je voulais tout de suite après ma thèse, c'était du collectif, pour rompre avec la solitude du travail de doctorant. J'avais envie de provoquer la discussion avec des collègues. Aujourd'hui encore, je pense qu'on a besoin de temps et d'être bien entouré pour avancer.

Author: Diane Frances

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