L'influence des guignols : entre mythe et réalité

Déformer. Travestir. Grossir la réalité. C’est là toute l’ambiguïté des Guignols De l’Info, émission phare de la chaine Canal Plus. La question de l'influence des médias est au cœur des débats. S'applique t-elle cependant pour les marionnettes de Canal ?

 

Pour qu’un message médiatique ait une quasi-universalité, et soit compris, il doit être simple. Afin d'atteindre son but, les codes utilisés dans ce message doivent paraître comme ‘naturels’ même s’ils sont propres à une culture. Dès lors, que les Guignols reprennent les codes d’un journal en basant leurs sketchs sur des faits d’actualités permet d’appuyer la thèse de leur influence.
Les Guignols livrent une part de vérité sur le fonctionnement du jeu médiatique. Elle réunit les codes d’un vrai journal télévisé, en l’occurrence celui du vingt heures de TF1. Les sketches reposent aussi sur la connaissance de programmes récents, du flux télévisuel. Perceptible notamment dans le détournement de générique d’émission ou de film. Instrument de promotion de la chaine, les Guignols ambitionnent de toucher un large public. Cette dualité entre émission satirique et reprise de codes journalistiques reste ambiguë pour une grande part de la population, n’ayant pas de réflexion plus poussée à propos de l’émission. D’autant plus qu'aujourd’hui, les émissions politiques ont presque déserté les écrans. De manière générale, l’intérêt de la population envers la politique est plus faible qu'au début de l'émission en 1988. Avancer vers une compréhension des possibles effets de l’émission suppose de prêter attention à son public. L’audience des Guignols est avant tout jeune (62 % de 15-34 ans) et révèle donc a priori une catégorie peu concernée par le débat politique, comme l’indiquent les taux d’abstention très élevés dans cette partie de la population.

Une porte d’entrée en politique

L’hypothèse d’une influence reste plausible. L’émission reste très populaire, regardée et possède un certain pouvoir cognitif sur les téléspectateurs. Diffusée juste avant le vrai journal, elle résume l’actualité de la journée. La manière dont l’émission traite l’information, mais surtout comment sont représentés les acteurs de celle-ci, peuvent alors confirmer voir influencer l’opinion du téléspectateur. Elle peut aussi être une porte d’entrée en politique. Pour de nombreux jeunes aujourd’hui, les seules émissions grand public ou l’on parle de politique se résument à On n’Est Pas Couché, les Guignols de l’Info, Le Petit Journal et de rares débats en période électorale. Il ne reste qu’une poignée d’émissions qui traite exclusivement de politique. Dans une économie de marché où la politique ne fait pas « vendre », l’influence de ces émissions est ainsi plus susceptible d’avoir un impact fort aujourd’hui plutôt qu’il y a 20 ou 30 ans.

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L’émission n’est que le reflet de notre société

Les Guignols sont une caricature. À travers le choix d’un faux journal télévisé, ils mettent en scène un évènement déjà mis en scène. En d’autres termes, l’émission n’est que le reflet de notre société. Les thèmes abordés par les Guignols ou la manière dont ils grossissent un trait ne font que refléter une réalité connue de tous. Les émissions dédiées à la politique dans les années 80 et 90 étaient beaucoup plus nombreuses à la télévision qu’aujourd’hui. Les jeunes étaient plus politisés, plus intéressés par les enjeux socio-politiques et a fortiori, moins influençables par telle ou telle émission. Les Guignols, ne faisant qu'une retranscription satirique de la société,  n’auraient pas eu d’impact réel sur les opinions des français.

Le choix des marionnettes n’est pas anecdotique

Le but premier est de faire rire. Grossir les traits d’un homme politique ou d’une célébrité dans l’unique but de divertir les téléspectateurs. Le choix d’utiliser des marionnettes n’est pas anecdotique. Premièrement, il semble difficile d’avoir une réelle influence par le biais de caricature. La distance que crée la marionnette entre la réalité et la fiction est très claire. Samuel Nowakowski, maître de conférences HDR, dépt InfoCom de l’UFR SHS de l’Université de Lorraine et ancien chef du département multimédia de Canal Plus entre 1999 et 2004 explique : "ça serait supposer que la population n’est pas en mesure de comprendre que l’on est dans une mise en scène de la réalité. Si l’émission utilisait de vrais acteurs, la question de la notion de réalité pourrait alors se poser. Mais dans le cadre des Guignols, il n’y a pas de doutes. On sait que l’on est dans la caricature". De plus, on peut envisager que les représentations du politique qui structurent les Guignols ont de forte chance d’être déjà présentes chez une partie importante de son public. Les Guignols s’appuient donc sur les représentations de ses téléspectateurs. Comme pour toute émission de télévision, on ne peut réduire le spectateur des Guignols à un être "passif" qui recevrait le message sans y apposer un regard critique. Cela apparaît d’autant plus vrai pour le public de Canal Plus que l’on retrouve dans les milieux les plus aisés culturellement et économiquement.

 

Robin ECOEUR

Author: ROBIN.E

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