L'heure d'Oeuvre

Le musée des beaux-arts de Nancy propose, lors de séances d'une heure, d'aborder une seule œuvre. Une façon différente de découvrir l'art, le temps de la pause déjeuner. D'autres formes d'approche de l'art se démocratisent, désacralisant un domaine qui était souvent considéré comme élitiste.

Une heure pour décortiquer une œuvre. C'est le pari que confie, trois fois par semaine, Katell Coignard, responsable de la médiation au musée, à son équipe. Depuis la saison 2012-2013, après d'importants travaux au Musée des beaux-arts de Nancy, cette formule se met en place. "Avant 2012, les visites n'étaient pas fonctionnelles, explique Katell Coignard. On était soumis à une fréquentation linéaire, avec des publics scolaires, de connaisseurs et de touristes".
Elle met en place la formule Une Heure, Une Oeuvre pour redynamiser le musée. Pas évident au début. "On avait pensé ce moyen pour attirer les étudiants, en plaçant la visite le mercredi, un jour de gratuité" se rappelle la chargée de médiation. Un échec. Les étudiants ne sont pas présents. Une remise en cause de la formule au bout de 3 mois. "L'exposition Renaissance, en 2013, nous a permis de relancer la formule. Les médiateurs voulaient vraiment faire un travail de fond sur des œuvres qu'ils ne reverraient sûrement pas". Ça ne désemplit pas depuis. Deux séances, le lundi et le samedi, sont rajoutées.

L’œuvre et son contexte

Côté médiateurs, le même enthousiasme. "Ces visites nous permettent d'approfondir les œuvres » souligne Enora Barbet. "Il faut a minima huit heures de travail pour produire une séance de 45 minutes" confie Katell Coignard. L'avantage est de "pouvoir expliquer des aspects de l'oeuvre en rapport avec un contexte historique, notamment au niveau technique", s'enthousiasme la jeune diplômée d'histoire, qui travaille depuis deux ans au musée.
"Il y a le plaisir de prendre du temps sur une œuvre en particulier, cela permet une approche détaillée", complète sa supérieure. "On est assez libres sur le choix des œuvres" ajoute la guide. Katell Coignard nuance. "Je donne mon approbation, mais globalement, les décisions sont réfléchies et donc acceptées".

Le Rétablissement de la Religion Catholique à Strasbourg, de Claude-Guy Hallé, présenté par Enora Barbet - Photo : Musée des Beaux-Arts de Nancy

 

Cette modernisation du Musée des Beaux-Arts de Nancy, via une volonté de vulgariser l'art, s'inscrit dans une longue tradition. En effet, savoir a souvent été synonyme de pouvoir, et, à ce titre, la culture a pendant longtemps été le privilège des élites. C'est en 1959, avec la création du ministère de la Culture, qu'André Malraux donne un nouveau souffle à la politique culturelle. Désormais, tout le monde doit pouvoir y avoir accès. Cette initiative, poursuivie par Jack Lang, en 1981, permet une démocratisation de la culture et l'éclosion de nouveaux métiers.

Médiateur, conférencier, animateur : autant de professions qui œuvrent pour les musées. Chefs d'orchestre de la transmission de la culture, ils travaillent en général sur le terrain, au contact du public, comme à Nancy avec Une heure, Une œuvre.

A Caen, le musée des beaux-arts propose de venir avec son crayon et de "croquer" les tableaux de maîtres. Cette visite, qui allie technique et décryptage, est encadrée par une médiatrice qui apporte commentaires et explications sur la technique du peintre. A Paris, le Palais de Tokyo propose aux visiteurs de découvrir les coulisses du musée, pour créer une complicité entre le lieu et les spectateurs. Une désacralisation de ce qui est trop souvent considéré comme une institution rigide et inchangeable.

Sur le petit écran, l'émission d'Art d'Art propose, un focus rapide sur une œuvre. Une poignée de minutes pour se plonger dans une œuvre d'art à travers une anecdote, une petite histoire qui en révèle souvent beaucoup sur l'artiste, l'époque ou le courant.

Malgré une multiplication des événements originaux et courts, les musées sont toujours en peine pour drainer de nouveaux publics. Plus encore, les opérations de médiation tombent bien souvent à côté, à l’image d’Une heure, Une œuvre qui visait initialement les étudiants.

"Raboteurs de parquet" Caillebotte - d'Art d'Art - France 2

 

Raphaël BLANDAMOUR & Lucas HUEBER

Author: LUCAS.H

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