Le dessin de presse : "baromètre de la liberté d'expression"

Depuis sa démocratisation au début des années 90, le dessin de presse a connu de grandes transformations. Drôle, accessible et percutant. Figure emblématique dans ce domaine, Plantu -dessinateur à Le Monde- a été la cible d’attaques virulentes et polémiques. Comme lui, ils sont nombreux à se battre pour la liberté d’expression et la pérennité du dessin de presse dans le monde.

Le dessin de presse se veut libre. Sa liberté est d’ailleurs son essence. C’est donc tout naturellement qu’il est sujet à polémique. Nombreux sont les dessinateurs à avoir fait les frais de critiques et de tentatives de censure. Les affaires en rapport avec des dessins de presse ayant choqué les lecteurs posent le problème d’une liberté d’expression inhérente à cette pratique. Est-ce nécessaire de rappeler les caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo en 2007 ? Et leur impact sur la communauté musulmane. Ces dernières années ont été le théâtre de nombreuses réactions communautaires au sujet du dessin de presse. Plantu -dessinateur à Le Monde- a subi plusieurs plaintes suite à des dessins estimés choquant, ou portant atteinte à la dignité d’autrui. En 2008,  la CGT s’en prend au dessinateur au sujet d’une œuvre comparant un syndicaliste refusant aux employés d’aller travailler le dimanche à un musulman intégriste interdisant à un enfant d’aller à l’école. En mars 2009, des catholiques s’en prennent à l’éditorialiste ; en cause, une critique du Pape Benoit XVI et son attitude face à la question du port du préservatif en Afrique. Le dessin de presse, lorsqu’il fait mouche, s'attire les foudres des communautés, des syndicats, des lobbys, et celà quasiment à chaque fois.

Dans un monde médiatique dominé par l’image et la vidéo, le dessin de presse apparaît comme un objet du passé, bien qu’il soit toujours au centre d’enjeux informatifs visuels. Le débat est complexe, et répondre à “Peut-on tout dessiner ?” revient à s’interroger sur les limites de la liberté d’expression par l’humour. Car c’est ce dont il s’agit la plupart du temps : d’humour. Le dessinateur est investi d’une mission : prendre des faits d’actualité, et les transformer en quelque chose de drôle et d’intelligible pour le plus grand nombre. Ceux  qui sont visés, se servent en revanche d’une autre arme tout aussi indiscutable : l’offense. C’est ce qu’il se passe lorsque Plantu dessine le Pape ou Mahomet. Les instances religieuses sont généralement les premières à monter au créneau. Toute la problématique est là. Quand le dessinateur “attaque” il est essentiel de savoir à qui dessert le dessin.

Intégristes VS dessinateurs

Souvent l’humour utilisé par les illustrateurs de l’actualité emprunte un ton décalé, acerbe, tranchant et donc révélateur. Qu’est ce qui favorise cette indignation communautaire face aux éditorialistes du dessin de presse ? Certains évoquent un climat de bien-pensance généralisé, d’autres pensent au contraire qu’il y a de véritables atteintes à l’intégrité des institutions visées par Plantu et ses confrères. Selon Plantu son métier est  un  “baromètre de la liberté d’expression”, essentiel à tout système démocratique.
Beaucoup de lecteurs du Monde attendent le dessin du jour du célèbre dessinateur. Mais, quand ce dernier est interviewé en 2006 par son propre journal, il déclare qu’il y a “de plus en plus une chape de plomb qui tombe sur les dessinateurs et sur les humoristes quand on parle de religion”. Il faut dès lors comprendre qu’il existe des sujets plus sensibles que d’autres. La pratique du dessin ainsi que son espace graphique de liberté posent la question de la responsabilité. Comme l’énonce Ronald Searle, dessinateur de presse anglais “la caricature est un art mineur qui comporte des responsabilités majeures”. Reste à savoir de quel type de responsabilité il s’agit : morale ? Juridique ? Le problème des dessinateurs est qu’aujourd’hui les marges de manœuvre éditoriales sont réduites, avec l’apparition croissante de sujets “tabous”. “Si on veut connaître le baromètre de la liberté d’expression, il ne faut pas aller voir le Premier ministre, mais le dessinateur de presse”. Définition clairvoyante de Plantu, sur un art qui commente par son trait, les contours de la société.

 

Sarah Belnez, Elisabeth Vetter, Alexandre La Monaca

Author: Elisabeth Vetter

Share This Post On

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *