Le Canard prend son envol

Bientôt cent ans que le canard est enchaîné. « Journal satirique paraissant le mercredi », le palmipède ne se lasse pas de voir la vie en rouge et noir. Mais qu’en est-il de son enfance ? Comment petit caneton est-il devenu grand ? Retour sur l'histoire de ses débuts.

1915. Un zeppelin bombarde Paris, les gaz de combat font leur apparition. La guerre qui devait être éphémère se prolonge, l’optimisme s’amenuise, les tranchées s’installent. Bataille de Champagne, de Saint-Julien, de l’Artois… Les fronts se multiplient tandis que le nombre de pays qui entrent en guerre augmente. Les pertes sont colossales. La presse est également touchée par ce fléau : dès 1914, presque tous les journaux des départements envahis du nord et de l’est disparaissent. Lorsque Paris est menacée par les Allemands, les rédactions se replient à Bordeaux. Elles font face à une pénurie de main d’œuvre, de matières premières et de moyens de diffusion. Au-delà des problèmes techniques, l’état de siège décrété le 2 août 1914 instaure la censure et restreint la liberté des journalistes. « Toute information ou article concernant les opérations militaires ou diplomatiques de nature à favoriser l’ennemi et à exercer une influence fâcheuse sur l’esprit de l’armée et des populations » est interdit. Certaines rédactions mettent en avant cette restriction, notamment en laissant des passages blancs parmi les pages. D’autres se plient à la censure volontairement par patriotisme, ou pour éviter que la situation qui ne devait être que passagère n’empire. L’ensemble des journaux en accord avec cette tutelle adhèrent à l'Union sacrée. Malgré la montée des critiques selon lesquelles la censure est utilisée comme une arme politique trop stricte et incohérente, la presse civile va jusqu’à mentir et user de méthodes de propagande. Entre « l’inefficacité des projectiles ennemis » et « les balles [qui] traversent les chairs de part en part sans faire aucune déchirure », les mensonges de journaux comme L’Intransigeant sont parfois grossiers. En réponse à ces pratiques, l’expression « bourrage de crâne » se répand. La presse est accusée de servir implicitement les intérêts des dirigeants bellicistes, qui ne risquent pas leur vie et cherchent à tirer profit de la guerre. Certains poilus plongés dans l’enfer des combats sont agacés à la lecture de nouvelles totalement fantasques, à mille lieux des vraies conditions de survie au front.

Élise Bouthemy, Diane Frances, Fabien T.

Author: Diane Frances

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