La chasse au canard

À travers cette nouvelle formule, le journal s'annonce comme « vivant, propre et libre ». La rubrique la plus ancienne et la plus lue encore aujourd'hui est « La mare aux canards », qui publie des actions et paroles maladroites commises par des personnalités politiques de tous partis. Elle apparaît à ce moment-là de manière occasionnelle, avant d'être tenue régulièrement à partir de 1918. Plus tranchant que jamais, Le Canard enchaîné ne cesse de se moquer des élans nationalistes de ses concurrents et de critiquer la politique guerrière de façon détournée. Ce traitement inédit de l'information plaît beaucoup aux lecteurs de plus en plus demandeurs. Pour répondre à ce désir, Maurice Maréchal installe le siège du journal au 38 rue de Bondy (ndlr : aujourd'hui rue René-Boulanger) près de la place de la République à Paris, où il sait que la production sera optimisée. Le titre est désormais imprimé sur les mêmes presses que L'Œuvre, le quotidien à succès de Gustave Téry. En 1917, le « Journal hebdomadaire paraissant tous les Mercredis » est tiré à quarante mille exemplaires. Si les Parisiens en sont très friands, les poilus le réclament tout autant. Le Canard enchaîné est vivement apprécié dans les tranchées, bien qu'il ne soit pas un journal de tranchées tel que Le Petit Colonial, L’Écho de l’Argonne, Le Poilu. Les soldats le lisent pour son côté consolateur et son esprit vengeur, comme s'il était le seul imprimé en capacité de les comprendre et de les défendre. Malgré tous les subterfuges mis en œuvre pour la contourner, la censure, voire l'interdiction complète du canard au front, bloque souvent son accès aux combattants. C'est pourquoi ses rédacteurs se donnent pour objectif d'échapper à Anastasie, ce personnage peu sympathique représenté sous les traits d’une vieille femme ricanante et armée d'une paire de ciseaux. Elle est le symbole du contrôle répressif du pouvoir en place. Au début du siècle, l'usage voulait que l'on personnifie la censure en la surnommant « Dame Censure ».

En haut : la devise du journal. En bas : Anastasie et ses ciseaux rouges, allégories de la censure. Photos : documentaire "Aux quatre coin-coins du Canard", Bernard Baissat, 1987

En haut : la devise du journal. En bas : Anastasie et ses ciseaux rouges, allégories de la censure. Photos : documentaire "Aux quatre coin-coins du Canard", Bernard Baissat, 1987

Author: Diane Frances

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