« Je dors, mange et respire rugby »

Féminité et douceur. Voilà ce que dégage Charlène Claudel, vingt-neuf ans, lorsqu’elle raconte sa passion : le rugby. Coïncidence ou non, c’est vêtue de rose et de bleu marine, couleur de son équipe Nancy-Seichamps, que la rugbywoman exprime son avis et son ressenti sur ce sport majoritairement masculin.

D’où vous est venue votre passion pour le rugby ?
C’est un peu particulier. A 15 ans j’ai fait sport études judo au pôle sport à Metz. Ça faisait dix-sept ans que je faisais du judo, j’ai décidé de me lancer dans autre chose, j’avais déjà fait un cycle rugby au lycée, j’ai donc choisi de poursuivre. J’avais déjà essayé plein d’autres sports, mais c’est celui-là qui m’a le plus plu.

En tant que professeur d’éducation physique et sportive en collège SEGPA, qu’est-ce que ce sport vous apporte dans votre vie de tous les jours ?
Je pense que je me défoule vraiment à l’entrainement, donc je suis beaucoup plus calme le reste de la semaine. Le mardi j’ai musculation, le mercredi et vendredi entrainement de rugby et le dimanche j’ai match. C’est comme ça que je lâche tout du boulot !

Finalement, ce sport est-il pratiqué différemment chez les hommes que chez les femmes ?
Les règles sont les mêmes pour nous que pour les hommes. C’est tout de même un jeu différent puisque physiquement on est moins rapide et techniquement moins avancées. De notre côté, c’est plus dans l’évitement que dans l’affrontement. On a moins de puissance et de vitesse mais en soi, c’est semblable.

Et que pense votre entourage de cette passion ?
Mon mari est rugbyman, donc du coup je le laisse tranquille le dimanche, il peut aller à ses matchs et moi au miens ! (rires). Concernant la famille proche, mon papa aime le rugby donc c’est super mais ma maman un peu moins. Elle aurait préféré que je fasse un sport un peu moins violent. Ils me soutiennent à cent pour cent et viennent me voir aux matchs.
J’ai essayé la danse classique mais je n’ai tenu que trois semaines, je n’étais pas destinée à ça !
Je dors, je mange, je respire rugby. Chez moi, la décoration c’est rugby, mon mari et mes amis sont rugby, tout est rugby ! J’aime le sport en général et le rugby c’est bien parti pour durer, c’est ma passion la plus prenante.

Que pensez-vous du fait que le rugby féminin est moins au-devant de la scène que le rugby masculin ?
Ça ne me plait pas, forcément ! J’aimerais qu’on en parle plus, mais c’est comme dans tous les sports féminins. On fait tout pour que ça se développe et qu’on en parle mais ce n’est pas évident, c’est dommage.

Votre équipe et vous avez récemment réalisé un calendrier « sexy » vendu en mille exemplaires. Qu’avez-vous cherché à montrer ?
Est-ce une façon d’affirmer votre féminité ?
Oui effectivement, nous réalisons ce genre de calendrier avec l’équipe féminine depuis 2009. Le premier était mixte et en sous-vêtements, puis nous avons décidé l’année d’après de nous consacrer à un calendrier purement féminin et complètement dénudé avec des thèmes différents. A chaque fois que l’on parle d’une rugbywoman, on s’attend forcément à une femme très masculine d’un mètre soixante, quatre-vingts kilogrammes, rondouillette, cheveux rasés, militaire, rustre. Sans trop de réflexion et lesbienne ! C’est pour cela qu’on a voulu montrer notre part de féminité pour contrer ce stéréotype. Même ma grand-mère de quatre-vingt-douze ans l’achète et l’apprécie !

Malgré tout, avez-vous déjà fait l’objet de critiques concernant votre passion pour le rugby ?
Je suis professeur de sport donc je préviens mes élèves et les parents que je fais du rugby car je reviens de temps en temps marquée. Les élèves ne me croient pas au début mais après ils se disent vite « Oula je crois que c’est vrai, le prof’ fait du rugby ! ».
J’ai rarement eu des réflexions déplaisantes mais les personnes sont souvent étonnées qu’une fille plutôt fine puisse faire du rugby. On a beaucoup plus de remarques positives, nombreux sont ceux qui sont surpris mais ce n’est jamais méchant. Souvent les seuls reproches viennent des anciens joueurs masculins qui ne comprennent pas pourquoi les filles sont arrivées dans ce sport. Ils restent dans ce stéréotype de sport purement masculin.

Ce sport, vous allez le poursuivre encore longtemps ?
J’arrive à trente ans, je suis au poste arrière et il faut courir vite. Je pense que je vais rapidement être sur le déclin mais je jouerai jusqu’à ce que je ne puisse plus. Plus tard, je pense que j’entraînerai bénévolement et si je pouvais entraîner une équipe masculine, ce serait une belle revanche !

Déborah Pierson et Marie Zinck

 

Author: Marie Zinck

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