Christophe Gomes : « Il y a un côté sauvage et animal dans le cinéma »

A 24 ans, Christophe Gomes, acteur-réalisateur dijonnais, affiche déjà une belle filmographie. Des projets plein la tête, le jeune artiste révèle une ambition à toute épreuve. Entre deux tournages, il raconte son parcours, ses envies et les obstacles qui ont jalonné sa carrière.

Crédit photo : Christian Pitot

Crédit photo : Christian Pitot

Quand et comment as-tu su que le métier d’acteur/réalisateur était fait pour toi ?

« J’ai toujours été attiré par le domaine artistique, surtout le cinéma. Déjà tout petit, je disais à ma mère ce qu’elle devait filmer pour les souvenirs de vacances avec la caméra familiale ! Je faisais toujours le spectacle. À 9 ans, j’ai commencé à faire du théâtre. À cette époque, je ne connaissais pas le métier de réalisateur. À mon adolescence, j’ai rencontré des membres d’une association regroupant des  passionnés de cinéma à Fontaine les Dijon qui m’ont beaucoup aidé. C’est à ce moment-là que j’ai eu l’occasion de faire mes premiers pas derrière la caméra : j’ai adoré ça. Grâce à eux, j’ai réalisé un court métrage à 15 ans. Il y a un côté très sentimentale à construire un film. On défend un projet qui nous tient à cœur, c’est un peu comme un bébé qu’on va mettre au monde. Et en même temps, ça nous solidifie car on sait que des projets peuvent rester à l’état de projet. Il y a un vrai challenge quand on est réalisateur, et ce côté me plait. Je n’aime pas la monotonie, je ne me lasse pas de construire chaque année quelque chose. »

Comment ton entourage a réagi lorsque tu lui as annoncé vouloir faire un métier artistique ?

« Au début dans leur tête c’était plutôt un rêve de gamin. Quand on a 8 ans, les garçons veulent tous être des super héros, les petites filles des princesses et moi je voulais faire du cinéma. C’est sûr que c’est plus envisageable que d’être princesse ou cosmonaute ! Mais on voit toujours ce métier comme étant très dur d’accès donc forcément mes parents n’y croyaient pas trop. Mon père m’imaginait devenir chirurgien tandis que je faisais déjà des vidéos montages. Je reprenais des séries à la  télé et je les filmais à ma façon avec des amis du quartier. Le jour où j’ai fait mon premier court métrage, leur vision des choses a changée et ils m’ont laissé faire mes choix. »

Tu as réussi à percer dans un milieu complexe, comment t’es-tu démarqué ?

« Je pense que c’est un milieu où il faut toujours se battre et surtout avoir une aisance relationnelle avec les gens pour réussir à réunir du monde autour de soi. Le fait d’avoir tout ça, du culot, et un jeune âge, je pense que ça a donné envie aux gens de m’aider. À partir du moment où l’on commence à faire une chose, on rencontre d’autres personnes, et de nouveaux projets  voient le jour … »

Préfères-tu être devant ou derrière la caméra ?

« Ce sont deux métiers très différents mais je pense qu’en tant que comédien, pour comprendre un réalisateur, il faut avoir réalisé, et inversement. Ces deux métiers apportent des choses vraiment différentes. J’aime jouer, car ça me permet d’être sur plein de projets différents, de rencontrer plein de gens et d’apprendre beaucoup de choses en peu de temps. Quand on réalise, on s’investit sur un seul et même projet pendant plusieurs années. À terme, je souhaite uniquement réaliser, mais tant que des réalisateurs me proposeront de travailler pour eux en tant que comédien, je ne refuserai pas. »

Sur quel(s) projet(s) travailles-tu actuellement ?

« J’ai de beaux projets qui sortent comme le court-métrage « Mecs Meufs  », réalisé par Liam Engle, dans lequel j’ai un second rôle. Il a été nommé dans 20 festivals et a déjà reçu pas mal de prix.
J’ai aussi un second rôle dans le film « Un seul corps » de Sotiris Dounoukos. Il vient tout juste de sortir mais a déjà reçu le prix du meilleur court métrage à Toronto en septembre dernier. Il est actuellement diffusé un peu partout dans des festivals : en Suisse, en Suède, en Grèce, au Brésil, en Australie… J’étais très content de le présenter dans ma ville natale, à Dijon, en octobre dernier. Il sera diffusé sur paris en début d’année 2015.
J’ai également fait une apparition dans « Stripes App », le court métrage d’un ami, Tibo Pinsard, qui a monté une jeune boite de production prometteuse : « Darrowan Prod ».
J’ai aussi enfilé une perruque et un costume du 18e siècle pour un téléfilm qui sera diffusé sur Arte. C’est un docu fiction sur la vie de Elisabeth Vigée-Le brun. Nous avons tourné le teaser, le tournage du film se fera quant à lui à partir de février prochain.
Je viens également de signer un rôle assez important dans une série policière, « Paris va Bien », réalisée par Valentin Pittard. On a commencé le tournage mi-novembre pour le premier épisode de la première saison.
Coté réalisation, j’écris un court métrage sur la vie d’une artiste d’art brut. Après avoir visité grâce à des gens merveilleux qui m’entourent à Paris, dont un jeune artiste qui prépare son nouveau livre d’art en ce moment : Sebastien Desplat, des lieux uniques, des musées d’art brut, des conservatoires, j’ai eu une grande facilité d’inspiration pour écrire cette histoire. L’écriture n’est pas totalement finie, mais j’en suis très content. C’est une histoire qui me tient à cœur et que j’aimerais tourner en Bourgogne. C’est en visitant la Fabuloserie dans l’Yonne que j’ai été touché par ces artistes d’art brut qui font des choses sans prétention, sans désir d’être un artiste, mais qui le deviendront. La plupart font des choses pour occuper leur temps, pour extérioriser une souffrance. Finalement je m’y retrouve dans cette histoire, j’ai traversé des moments douloureux dans ma jeune carrière. Depuis 2 ans, je me bats pour qu’un long métrage dans lequel j’ai tourné voit le jour car une personne bloque la finalisation. Peut-être que j’ai envie d’extérioriser tout ça en créant un nouveau film qui parle plus ou moins de ce sujet… »

Du haut de tes 24 ans tu affiches déjà un beau parcours, quels sont tes objectifs ?

« C’est dur de voir à long terme dans ce métier. Idéalement j’aimerais réaliser plein de films et monter une boite de production. Pour ça, l’année prochaine je commencerai une formation pour solidifier mes connaissances au niveau juridique et administratif. Je ne sais pas encore si je monterai ma propre boite tout de suite ou si j’attendrai un peu. J’ai besoin de m’entourer, de rencontrer, d’apprendre, et c’est justement un métier où l’on apprend tous les jours. On ne sait pas toujours où aller, c’est impossible de se projeter dans ce domaine : un jour tu brilles et le lendemain on t’oublie. Il faut savoir bien s’entourer de personnes qui savent par où il faut passer pour arriver où on veut, pas des amateurs. C’est important de savoir se battre et d’être ambitieux pour réussir, c’est d’autant plus important de s’entourer de gens qui ont ce même état d’esprit. Il y a un côté sauvage et animal où il faut te battre pour vivre, pour manger, chose que tu n’as pas en tant qu’amateur. Ces gens ne vivent pas grâce au cinéma, ils sont passionnés mais ne miseront jamais sur de gros projets. »

 

 

Sarah Belnez

Author: Sarah Belnez

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