« Sortir des sentiers battus de mes parents »

Canal+, une révolution pour les médias ? Oui. Mais aussi une révolution pour la population française. Depuis sa création, la première chaîne cryptée de France a su fidéliser ses abonnés en relevant défi technologique et enjeux politiques. Interview avec Bénédicte, abonnée à "la 4" depuis 1985.  La chaîne garde une indépendance complète qui plaît à ses téléspectateurs. 

Canal + a su fidéliser ses téléspectateurs. Bénédicte est abonnée à "la 4" depuis 1985.  Crédit : Kim Minet.

Canal+ a su fidéliser ses téléspectateurs. Bénédicte est abonnée à "la 4" depuis 1985.
Crédit : Kim Minet.

 

Quand et comment avez-vous entendu parler de Canal+ et qu’est-ce qui vous a poussé à vous y abonner ?

En 1984. Nous avons été inondés par Canal+. Nous en entendions parler un peu partout, à la télévision, à la radio. Les journalistes, notamment, à travers des émissions, nous expliquaient en quoi ça consistait et que le PAF allait changer. Au début, j’étais un peu réticente à l’idée de m’abonner car il fallait encore payer (je payais déjà la redevance télévision). Ça coûtait cher et je n’avais que 20 ans à l’époque. Finalement, je l’ai pris quand même parce que j’en avais marre de regarder des choses qui ne m’intéressaient pas, de subir la publicité, d’écouter du « blabla » et d’être victime du retard des antennes. Ce que la chaîne proposait était intéressant : des films récents d’une part et surtout des tranches horaires de rediffusion des films. Elle envoie, à ses abonnés, un programme télévision mensuel dans lequel il est possible de voir à quel moment les films, les émissions et les documentaires que l’on souhaite voir seront diffusés/rediffusés. D’autre part, j’étais conquise par le fait que la chaîne permettait de regarder le sport et proposait une nouvelle façon de le présenter. Il n’y avait pas que du foot mais de nombreux autres sports tels que le basket, le handball, la voile, la boxe ou encore la course automobile, entre autres. Le fait que Canal+ sponsorise des sports nous offrait la possibilité d’avoir accès au direct des événements sportifs. Enfin, les films n’étaient jamais coupés par la publicité, ce qui est encore le cas aujourd’hui et Canal+ est quasiment toujours à l’heure. La chaîne l’avait annoncé lors de leur campagne publicitaire et ce, pour que les gens puissent programmer leurs magnétoscopes. Le fait d’avoir un programme les oblige à respecter un certain timing pour justifier l’un de leurs arguments de vente. Je recherchais un nouvel accès à la culture et à l’information. Et Canal+ offrait beaucoup de documentaires. Pour moi, avoir Canal+ à l’époque, c’était un peu comme sortir des sentiers battus de mes parents. De leur temps, on regardait la télévision uniquement le soir. A partir du moment où j’ai eu Canal+, il m’a été possible de regarder la télévision à n’importe quel moment de la journée.

 

En quoi Canal+ a été une révolution pour les médias et pour les téléspectateurs ?

C’était la chaîne concurrente par excellence et ce pour tous les autres canaux, notamment par le fait d’être payante. Le secteur public voulant absolument être à la hauteur, Tf1 se privatise en 1987. Pierre Lescure et son équipe, très importants pour Canal+, se sont inspirés d’une chaîne américaine dans la façon de présenter la leur. Ce qui marque également un tournant dans les médias français. Cela a été une révolution pour nous téléspectateurs de par la multitude de films que la chaîne offrait. Avant que Canal+ n’arrive, il y avait des speakerines qui présentaient le programme. Cela a disparu avec l’arrivée de Canal+. Quelque chose de vraiment remarquable aussi a été la jeunesse des journalistes à l’antenne. Cela a créé une certaine proximité avec nous les jeunes de l’époque. On en avait marre d’entendre les anciens parler. Cela a permis de créer des émissions d’information et des émissions divertissantes qui nous touchaient davantage avec une façon de parler qui nous était plus propre. Je retiens notamment les personnalités d’Antoine de Caunes, Philippe Gildas et Michel Denisot qui m’ont particulièrement marqué et Les Simpsons, une caricature du modèle familial américain, typique de Canal+.

 

Quels ont été, selon vous, les enjeux politiques et le défi technologique que Canal+ a relevé ?

Concernant les enjeux politiques, quelque soit le gouvernement en place, Canal+ recherche une indépendance complète et c’est pour cela que la chaîne est privatisée. Aujourd’hui, je ne pense pas que les gouvernements aient un quelconque impact sur la programmation de Canal+, contrairement aux chaines publiques. La chaîne essuie tout de même des procès judiciaire mais cela lui est égal. Politiquement, pour nous téléspectateurs, nous ne ressentons pas tellement d’influence dans la chaine comme c’est le cas sur d’autres. Je trouve qu’il y a un certain équilibre qui est respecté. Toutes les informations, de droite comme de gauche, sont traitées à la dérision. C’est le principe et ils se doivent de le respecter. Quant au défi technologique que Canal+ a relevé, je pense que c’est le fait d’avoir créé une chaîne cryptée. Aussi, Canal+ mettait en garde, explicitement, quant à l’audience conseillée pour le visionnage des films. Tandis que les autres chaînes, avant l’intervention du CSA, ne mettaient qu’un carré blanc en bas de l’écran. Le catalogue fourni avec l’abonnement explique énormément de choses sur le film. Aujourd’hui, la chaîne a toujours son journal mais moins sous format papier, elle est passé à l’ère du numérique. C’est une innovation parce que c’est la seule chaine à disposer de son propre programme de télévision. C’est en cela que l’on peut dire que Canal+ avance avec la technologie. Dernièrement, le gros événement d’actualité pour le groupe Canal+ est l’arrivée de Netflix en France, pour la fin de l’année. Le directeur général de Canal+ s’est exprimé en disant que cette nouvelle forme de divertissement audiovisuel par abonnement ne représente pas une menace en soi. Pour eux, cela ne les gêne pas car ils ont déjà tout ce qu’il faut pour parer à cela. C’est une transformation importante du secteur des médias.

Propos recueillis par Kim Minet

Author: Kim Minet

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