Canal+ : la première chaîne à péage en France

Canal+ fête cette année ses trente années d’existence. Première chaîne de télévision privée et payante arrivée dans l’hexagone, « la 4 » a bousculé le Paysage Audiovisuel Français. Batailles politiques, défi technologique et innovations dans les programmes ont révolutionné les médias et les téléspectateurs.
Nous sommes en 1984. Le 4 novembre plus précisément. Michel Denisot, sur le plateau de la matinale "le 7/9", annonce fièrement : "Bienvenue à toutes et à tous sur la première émission du matin de la première chaîne privée en France". Avant que cette phrase ne soit prononcée, de grandes manoeuvres politiques et un défi technologique ont été mis en oeuvre pour que le Paysage Audiovisuel Français (PAF) se dote d’une nouvelle chaîne de télévision. L’idée d’une quatrième chaîne naît dans la tête d’un homme d’affaire, Jean Frydman. En 1980, il fait part de son projet à Valéry Giscard d’Estaing (VGE), alors président de la République. Ce dernier, plutôt favorable à la création d’une chaîne payante, lui demande d’attendre la fin de la campagne présidentielle de 1981 pour présenter le projet aux Français. VGE était certain de faire un second mandat, mais François Mitterrand et la gauche accèdent à l’Elysée. Le dossier de la quatrième chaîne part donc aux oubliettes.

Le premier logo de Canal Plus

Le premier logo de Canal Plus

Un problème d’impression
Il faut attendre la fin du chantier de la libération des ondes et la légalisation des radios libres pour que le gouvernement s’attaque au renouveau de la télévision. Le président Mitterrand annonce lui-même en 1982 la création d’une nouvelle chaîne de télévision. Cependant, il impose certaines conditions : cette chaîne ne doit pas vivre de la publicité pour ne pas gêner les trois autres (TF1, Antenne 2 et FR3), ni empiéter sur la redevance payée par le contribuable. Le projet initial, élaboré par Jean Frydman, se retrouve sur le bureau du groupe Havas. Cette entreprise de médias s’entoure de collaborateurs comme Antoine Lefébure, Jacques Driencourt ou encore Léo Scheer. Ce qui va faire peser la balance en faveur d’Havas, ce sont les relations entre la direction et le gouvernement. Et pour cause, André Rousselet, président du groupe à l’époque, était l’ancien chef de cabinet de François Mitterrand. Les deux se côtoient depuis de nombreuses années. André Rousselet n’aura pas de mal à convaincre le président de la République de retenir le projet "Canal 4" à l’époque.
La petite histoire veut que lors de l’impression des affiches promouvant la nouvelle chaîne "Canal 4", il y ait eu un problème. L’inscription s’était transformée en "Canal+". Pour autant, Antoine Lefébure raconte que ce sont des sondages qui ont déterminés le choix du nom. Une centaine d’idées était proposée aux sondés. Parmi eux : "Canal Festival", "Télé Cinéma", "Télé Fête" ou encore "Télé Star". Mais c’est "Canal Plus" qui plu au président Rousselet.
Il fallait réfléchir à la contrainte technique imposée par François Mitterrand. Sylvain Anichini, jeune ingénieur surdoué, se porte candidat pour assurer le défi. Il lance l’idée à André Rousselet de la « télévision à péage », calquée sur certaines chaînes américaines. Il consulte les recherches effectuées par TéléDiffusion France (TDF). Il tombe sur une technologie dévoloppée grâce à un décodeur "discret". Tout en diffusant sur le réseau hertzien, Canal+ a la possibilité de "brouiller" certaines plages horaires.

André Rousselet aux cotés de François Mitterrand

André Rousselet aux cotés de François Mitterrand

120 Francs par mois
Il faut maintenant créer les célèbres boîtiers. Plus de 600.000 décodeurs sont fabriqués à l’usine Radiotechnique du Mans. Les Français sont consultés pour élaborer le système le plus compatible. La formule retenue est la suivante : le client s’abonne pour 120 Francs par mois. Il reçoit, au début de chaque mensualité, une clé ou un nouveau code permettant de débloquer le boîtier qui est vendu 420 Francs. Une fois la machine déverrouillée, la magie opère et le "brouillard" de l’écran laisse place aux programmes inédits. Le 4 novembre 1984, 170.000 Français sont abonnés à la chaîne privée. Une performance pour Canal+, les téléspectateurs n’ayant pas l’habitude de payer pour regarder la télévision. Le seuil de rentabilité pour le groupe Havas est fixé à 1,5 millions d’abonnés. La première équipe dirigeante de la chaîne est constituée d’André Rousselet, président directeur général, de Pierre Lescure et Alain de Greef à la direction des programmes.

Guillaume Béars

Author: Guillaume Béars

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