BuzzFeed vs Le Monde.fr, même combat ?

Topito, BuzzFeed, Démotivateur. Les sites d’« infotainment » occupent une place importante sur les réseaux sociaux, et Facebook en particulier. Pour autant, peut-on les considérer à part entière comme journalistiques ? Ces sites sont en tous cas révélateurs d’un mode de consommation différent de l’information sur le web.

Ils ont su mêler pureplayers et humour. A coups de "Tops", de photos "irrésistiblement bizarres" ou encore de gifs animés. Internet a modifié les modes d’écritures et de diffusion du journalisme. Des styles différents ont alors éclos, à la manière de ce que proposent Vice, Brain Magazine ou Le Gorafi.
Ce genre de sites d’infotainment est apparu aux Etats Unis avec le désormais très célèbre BuzzFeed. Un site construit d’abord grâce à des articles sous forme de listes au fort potentiel viral. Pêle-mêle : "24 moment historiques qu'on n'oubliera jamais", "21 photos qui ne parleront qu’à celles qui étaient ado dans les années 2000" ou encore "18 expressions qui vous feront retomber en enfance". Pour Jonah Peretti, le fondateur du BuzzFeed, le succès de sa start-up s’explique en ces termes : "nous créons des contenus que les gens veulent partager avec leurs amis".   Les réseaux sociaux sont donc arrivés à point nommé : ils représenteraient plus de la majorité du trafic du site en 2013, soit près de 80 %.

BuzzFeed à ouvert une cellule investigation et s'est bien ancré à l'étranger.

BuzzFeed à ouvert une cellule investigation et s'est bien ancré à l'étranger.

Par ailleurs, jusqu’en 2011 BuzzFeed n’est qu’un agrégateur de liens. L’accent est alors mis sur la production de contenus. Puis, l’arrivée de Ben Smith, blogueur vedette du site d’information politique Politico, permet à BuzzFeed de développer des contenus plus sérieux. Exemple : le scandale des matchs truqués dans le tennis,  révélé en janvier dernier. Des révélations de la BBC et de BuzzFeed qui ont ébranlé le monde du tennis et qui a fait l’actualité durant plusieurs semaines. En 2012, le site avait obtenu son premier scoop d’envergure, en révélant que l'ancien candidat à la maison blanche, John McCain allait soutenir Mitt Romney dans la course à l’investiture républicaine.
Pour justifier la culture du LOL, WTF ou OMG dont BuzzFeed est tout de même le pionnier, le site utilise le terme  "bored-at-work network", c’est-à-dire les gens qui surfent sur internet quand ils s’ennuient au travail.

Racoleur, et pas toujours drôle

Se servir de l’actualité pour en tirer du contenu divertissant. Voilà le credo de Topito. Un site créé en 2006, et dont la particularité est de faire des listes appelés "tops" .  C’est-à-dire des listes hiérarchisées sur n’importe quel sujet. Laurent Moreau, l’un des deux créateurs de Topito explique dans un article de 20minutes.fr  les grandes lignes du site aux tops : "c’est 50 % de création et 50 % de curation". Il parle également de cette notion d’infotainment, inhérente à son site : "Sur Topito on apprend des choses (des fois). Et d'autres fois pas du tout, mais on y trouve surtout des informations drôles, insolites, et utiles."

Topito est la référence en matière d'humour lié à l'actualité sur les réseaux sociaux.

Topito est la référence en matière d'humour lié à l'actualité sur les réseaux sociaux.

Démotivateur, lui, a été créé en 2010. Il revendique un partage chaque seconde sur les réseaux sociaux et par "sa façon différente de lire et décrypter l’actualité en surfant sur l’émotion du lecteur" pouvait–on lire dans l’article de 20minutes.fr : "Ces sites d’infotainment ont réussi à tisser leur toile". En réalité, il s’agit d’un site racoleur au possible avec des articles comme : "Voici 11 anecdotes émouvantes qui ne vont pas vous laisser insensibles, la 4 est incroyable !", "Ces 31 photographies du président américain Barack Obama avec sa femme Michelle vont vous faire craquer !" ou encore "19 choses qui vous rappellent que malgré votre vingtaine, vous êtes un vieux !".  Des titres pour attirer les clics, qui cachent des articles qui ne font pas apprendre grand-chose et qui ne sont pas vraiment drôles…

Un Prix Pulitzer chez BuzzFeed

Si les sites comme Topito ou Démotivateur n’ont pas une vocation journalistique, ils permettent aux internautes de trouver ce qu’ils recherchent. De l’information transformée par le divertissement. Même si c’est bien ce dernier point qui est privilégié.
C’est justement ce qu’a reproché Pierre Haski à Ben Smith, venu présenter la version française de BuzzFeed à Sciences Po en novembre 2013, rapporte Le Monde.fr dans son article "Buzzfeed France se lance à Sciences Po : le choc des cultures". Le journaliste de Rue89 reprochait en effet au rédacteur en chef de BuzzFeed l’absence d’articles sur la mort de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, les deux envoyés spéciaux de RFI au Mali : "Vous avez des choses à dire sur les chats, mais pas sur les journalistes tués."
Si tous ces sites sont populaires sur les réseaux sociaux, ils ne sont néanmoins pas des références. Mais cette tendance est peut-être en train de changer grâce à la version "news" de BuzzFeed, celle qui a dévoilé quelques scandales. Par ailleurs, c’est un lauréat du Prix Pulitzer, Mark Schoofs, qui a mis sur pied cette cellule consacrée à l’investigation. Et si BuzzFeed n’est pas vraiment pris au sérieux, les chiffres qu’il produit peuvent faire saliver l’industrie de la presse, qui se meurt depuis des années. Près de 50 millions de dollars levés depuis sa création. 80 millions de visiteurs uniques par mois. Rien que ça.
Cela pose une autre question. L’infotainment est-il quelque chose d’éphémère apprécié du public actuel mais qui finira par s’en lasser ? Ou va-t-il rester consommé largement par ce même public ?

Thomas VICHARD

Author: THOMAS.V

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