"Closer, vous êtes le service public de l'information"

L'intimité est de plus en plus médiatisée dans notre société. L'affaire du Sofitel, la relation officieuse du président Hollande : la vie privée des "puissants" engendre des interrogations journalistiques. Encore plus depuis qu'Internet déplace les frontières. Laurence Pieau, directrice de la rédaction de Closer, l'a rappelé lors du débat "Respect de la vie privée, jusqu'où va le devoir d'informer ?" aux assises du journalisme,  jeudi 17 octobre.

Pour les intervenants, la vie privée des "puissants" doit être divulguée quand elle est d'intérêt public. De gauche à droite, Jean-Marie Charon, Basile Ader, Cécilia Gabizon, Bruno Jeudy, Laurence Pieau et Jean Quatremer. (Crédit photo : Alexandre La Monaca)

Pour les intervenants, la vie privée des "puissants" doit être divulguée quand elle est d'intérêt public. De gauche à droite, Jean-Marie Charon, Basile Ader, Cécilia Gabizon, Bruno Jeudy, Laurence Pieau et Jean Quatremer. (Crédit photo : Alexandre La Monaca)

"Bravo Closer, vous êtes le service public de l'information" s'amuse Jean Quatremer, journaliste à Libération. Pour lui, l'information doit être livrée même si elle touche à la sphère privée. Quitte à subir des pressions des politiques, de leur entourage et des actionnaires. "Les pressions font parties du métier, affirme Bruno Jeudy, rédacteur en chef du JDD, c'est la responsabilité du journaliste de donner l'information". Laurence Pieau ne risque pas de le contredire, car son journal a fait les choux gras de l'affaire Gayet. 600 000 exemplaires ont été vendus. Les mails de lecteurs ont afflué, dénonçant un manque d'information de la part des autres "canards".

Une carence qui tend à se résorber. Aujourd'hui, la plupart des médias s'accaparent des scoops, servis sur un plateau par les politiques. "Les présidents de la République mettent leur vie privée en scène, soutient Bruno Jeudy. Ils ne peuvent pas reprocher en public un non respect de celle-ci par les rédactions".

Avis controversés

Tiraillés entre devoir d'informer et respect de la vie privée, prônés dans les chartes de déontologie, les journalistes peuvent-ils vraiment poser une frontière stricte entre l'information privée et celle d'ordre public ? La question fait débat.

La transparence totale n'est pas appréciée de tous. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les journalistes de la nouvelle génération craignent de devoir écrire sur la vie privée. C'est du moins ce que constate Cécilia Gabizon, rédactrice en chef de Madame Figaro Digital. "À l'agence, on a surtout de jeunes rédacteurs. Lors de l'affaire Gayet, nous voulions faire un portrait sur l'actrice mais certains jeunes journalistes s'y sont clairement opposés."

Un étudiant journaliste de Cannes souligne lors du débat : "J'ai été choqué que l'histoire soit traitée par tous les journaux. Pour moi, la hiérarchisation de l'information n'a pas été respectée. Il y avait des choses bien plus importante à mettre en Une". Il est applaudi suite à son intervention. "Il faut penser avant tout à ce que veulent nos lecteurs" lui rétorque la directrice de Closer.

Alors, le journaliste français est-il trop frileux ? Jean Quatremer rappelle que les Anglo-saxons n'hésitent pas à publier ces infos. Pour eux, le journalisme se résume à enquêter, creuser, prouver et divulguer. Bref, aspirer à une liberté de presse aboutie, peu importe si elle nécessite l'exploitation des données privées.

Author: Marine Prodhon

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