Les médias locaux de demain

Le renouveau de la presse 2.0 est en cours. Les nouveaux « joujoux » sont la data-visualisation, le traitement des données, les algorithmes, le robot-journalisme, les contenus éphémères, les vidéos 360° et les applications mobiles. Les nouveaux boss sont Facebook, Google et Amazon. Comment les médias lorrains s’adaptent et intègrent ces nouvelles formes de journalisme ? 

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Sur Internet, la nécessité d’être les premiers sur l’info, la presse régionale ne l’a pas. Et pourtant, il existe aujourd’hui des logiciels pour optimiser les performances, pour analyser des données, pour mieux anticiper les demandes des lecteurs. Avec un mot clé en tête : uni-for-miser. Data-journalisme, robot-journalisme, applications mobiles… les médias sont devenus friands de ces nouvelles écritures journalistiques. Comprenez des nouveaux moyens de faire du journalisme. Le but : anticiper, prévoir, répondre à des questions sans véritablement comprendre le comment du pourquoi. Se référer aux algorithmes pour améliorer le référencement, retravailler un titre ou mieux cibler les lecteurs. Voila les nouveaux enjeux des rédactions. Mais sont-ils les mêmes en presse régionale ?

Repenser la presse écrite

Pour Arnaud Mercier, professeur à l'Université Paris 2, la presse quotidienne régionale (PQR ndlr) a un "grand intérêt" à se renouveler et intégrer ces nouvelles formes journalistiques. "Le format de la PQR n’est pas attractif. Le lectorat vieillit et leur enjeu principal sera de réussir à capter un nouveau public plus jeune et plus connecté" résume le spécialiste des médias. Exit les marronniers sur la fête des mères, pour être à la page, il faut s’orienter vers le data-journalisme, créer des contenus mobiles et tester ces nouveaux outils numériques. Un avis partagé par Céline Lutz, journaliste à l’hebdomadaire La Semaine à Nancy. Il y a encore quelques années, on lui disait qu’Internet allait tuer le papier. Aujourd’hui, elle regrette ce côté réactionnaire qui met en péril la presse écrite. "Si rien ne change, la presse écrite régionale n’aura plus raison d’être. Il faut se poser les bonnes questions et ne pas aller à la facilité". Les deux sont unanimes : la survie de la PQR passera par une évolution des pratiques journalistiques. L’idée générale : repenser le journal papier et a fortiori, le fonctionnement de la PQR. "Et si on arrêtait de faire des sujets marronniers", balance la souriante journaliste. "Même si derrière, il y a la réalité économique, avec notamment les annonceurs et la publicité qui nous permettent d’avoir un salaire, il va falloir repenser la PQR, le format et le contenu des articles. Mais bon, on n'en est pas là encore !" conclut-elle.

S’inspirer des nouveautés

2007. La première étape du renouveau de la presse s’est déroulée par l’arrivée des pure players. Sur un modèle payant (Mediapart, Les Jours ) ou gratuit (Ijsberg, Slate…), ces sites se démarquent par leurs formes, leurs contenus et leurs lignes éditoriales. Le but : se créer un style, fidéliser un lectorat et s’inspirer des nouveautés. Dans les Vosges, Philippe Jeandel a bien senti le coup. Il crée le groupe Vosges-Info et cible le très local. Ses sites d’infos sont assez basiques mais vont à "l’essentiel" raconte-t-il.  "Les gens veulent de l’info brut et gratuite. C’est ce qu’on leur offre." Par contre, ne lui parlez pas de logiciels, d’algorithmes ou de data-journalisme. Même s’il ne réfute pas l’hypothèse de l’arrivée de ces outils dans le quotidien des journalistes, l'ancienne plume de la Liberté de l'Est reste dubitatif : "Pour être franc, j’ai du mal à m’imaginer en avoir besoin pour faire de l'info locale. De plus, on a pas assez de recul sur le sujet. Après, la technologie avance extrêmement vite donc on en reparlera dans quelques années." ajoute-t-il. Pour l'Est Républicain, la cellule web est composée de "deskeurs". En d'autres termes, des journalistes qui s'occupent d'animer les réseaux sociaux et d'actualiser le site web du journal. Jusqu'à aujourd'hui, leurs compétences se limites à retravailler les titres pour un meilleur référencement, prendre une photo sur un évènement pour les réseaux sociaux et, parfois, publier une vidéo rapidement sur une actualité chaude. En somme, une utilisation assez réduite comparé aux possibilités qu'offrent les nouvelles technologies.

Une nouvelle télévision

"L’adaptation aux smartphones est primordiale", constate Arnaud Mercier. Un virage pris par France 3. La chaine a récemment lancé un nouveau site, FranceTvZoom, adapté aux téléphones et aux tablettes. Design épuré, couleurs tape-à-l’œil et vidéos courtes, il est façonné pour plaire aux plus jeunes. Cependant, les locales de la chaines sont un peu à la traine. Le site de France 3 Lorraine se contente de publier les reportages sur leur site et leur page Facebook. Même son de cloche chez Vosges TV et Mirabelle TVPrésent sur vine, snapchat et sur periscope à titre expérimental, France 3 Lorraine se doit néanmoins de rester en alerte sur toutes les nouvelles formes de diffusion de l’information. Mais contrairement à certaines télévisions locales telles que Léman Bleu TV, qui expérimentent d'autres formes de reportages comme des JT réalisés à l'Iphone, la place laissée aux innovations dans les écrans Lorrains est limitée. Preuve de ce contexte : Chez France 3 Lorraine, deux journalistes contre vingt travaillent pour le web. 

Les acteurs locaux, à la traine sur le plan des innovations, semblent se tourner petit à petit vers ces nouvelles écritures journalistiques. Encore en expérimentation au sein des grands médias nationaux, ces nouveaux mécanismes ne sont pas (encore) la priorité des médias locaux Lorrains. Pourtant, la machine est en route et il ne faudra pas rater le train. L’avenir du journalisme passe par là.

Robin Ecoeur

Encadré robot-journalisme :

Ces programmes d’intelligence artificielle, plus communément appelés robots-journalistes, sont des algorithmes programmés pour produire du textes à partir d’informations recherchées sur Internet ou provenant de bases de données.

Author: ROBIN.E

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