Drone : la petite caméra volante qui révolutionna le journalisme

On connaît déjà le drone de combat et le drone civil. Mais depuis quelques années, un nouvel objet a fait son apparition parmi les pratiques journalistiques : « le drone journalisme ». En 2013, beaucoup de rédactions, les unes après les autres, l'expérimentent. Effet de mode ou vraie révolution, qu'en est-il aujourd'hui ?

"Les drones offrent clairement des points de vue inédits jusqu'ici inaccessibles" lance Fred Marvaux, photographe indépendant à Nancy. "Les images sont magnifiées ", surtout quand il s'agit de paysage comme le Mont-Saint-Michel, filmé lors du tour de France 2013 pour France TV sport. "L'objet offre une fluidité de l'image et une qualité plutôt esthétique" s'accorde Grégory Barbier, journaliste à la cellule web de l'Est Républicain. "Et c'est ce critère qui fait que le lecteur-téléspectateur-internaute s’intéresse au sujet". Dernier exemple en date : la dévastation de la ville de Homs, en Syrie, filmée rue par rue, par un drone russe. La prise de vue atypique rend compte différemment de la situation et offre au public une approche peu commune de l'information. Elle attire l’œil, par son niveau de lecture différent d'un reportage en immersion totale, qu'il soit audiovisuel ou écrit.

En mars 2013, l'Express est le premier média français à utiliser la petite caméra volante à des fins journalistiques. Conscientes des avantages, les rédactions s'approprient petit à petit le phénomène. Trois mois plus tard, c'est au tour de la chaîne BFMTV de diffuser des images des dégâts causés par la crue dans la ville de Lourdes : "une visibilité inédite sur la ville sinistrée." Les magazines d'information suivent le pas. "À France TV, les images vues du ciel s’intègrent aux plans des reportages du 13h ou dans les longs formats diffusés par Envoyé Spécial", explique Arnaud Salvini, journaliste à France 3 Lorraine- Sud. Vues comme un complément d'information, les images issues d'un drone se répandent "mais en région, nous ne nous rêvons pas encore de drones dans nos reportages d'actualité". Toutefois, l'antenne de France 3 en a fait l'expérience récemment en diffusant via sa page Facebook, une vidéo montrant une collision entre un train et un camion à hauteur de Beuveille (54). Réalisée avec un drone, la vidéo est "un vrai succès, avec près de 400 000 vues" ajoute Jean-Christophe Dupuis-Rémond, responsable de la cellule web de France 3 Lorraine.

Une réglementation drastique

Maniabilité et accessibilité, les professionnels semblent unanimes quant à l'utilisation du drone. Mais derrière les qualités, se cachent parfois (souvent) des défauts. Début 2014, Hans, lycéen, réalise une vidéo de Nancy vue du ciel à l’aide d’un drone équipé d’une caméra. L'image est remarquable, inédite et des plus réalistes. À l'époque, la vidéo postée sur Youtube comptabilise près de 400 000 vues en l'espace de quelques jours. Mais le jeune homme est vite rattrapé par la direction générale de l’aviation civile (DGAC), puis convoqué par la gendarmerie. En cause : la législation qui encadre l’usage des drones, notamment l’arrêté du 11 avril 2012. Depuis le 1er janvier, la réglementation a évolué. Deux nouveaux arrêtés sont en vigueur.

 

Un effet de mode

Jean-Christophe Panek porte un tout autre regard sur l'objet volant. Journaliste à France 3 Lorraine-Nord, il travaille au quotidien avec des journalistes reporter d'images : "Les drones peuvent devenir un sérieux concurrent pour eux car demain ces engins feront dix fois mieux. Notamment sur des situations de faits divers ou de reportages qui font appel à des images de grande qualité." Mais pour lui, l'avenir du drone est déjà tout tracé : "Il faut se méfier des effets de mode. Le drone, c'est un peu comme l'arrivée de la couleur à la télévision. Une révolution à laquelle on ne fait même plus attention." Le constat est donc plutôt clair : le drone ne se prête pas à tout et ne remplacera pas le JRI au sol et sa proximité avec l'information. Grégory Barbier ajoute : "Le drone peut être utile, mais uniquement dans un cadre précis et spécifique, pas pour traiter l'information au quotidien." Un peu oublié ces derniers temps, il reste un objet qui suscite de nombreuses questions. Utilisé à outrance par les chaînes de télévision nationales et internationales, il en est tout autre à échelle locale. Difficile pour la petite caméra volante de faire sa place. Drone et journalisme ne font pas encore tout à fait bon ménage.

Fleuriane Tuboeuf

Author: FLEURIANE.T

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